Beaucoup d'interrogations subsistent dans ce que l'on retiendra comme le scandale Volkswagen ou encore le "dieselgate". Sur le marché français, à l'heure où nous publions, il est encore impossible de définir avec précision le nombre de voitures où ce logiciel truqué aurait été logé. Selon le ministre des Transport du gouvernement allemand, Alexander Dobrindt, « des véhicules équipés de moteurs Diesel de 1,6 et 2 litres sont touchés par les manipulations dont on parle depuis le début de cette affaire », sans pour autant donner plus de précision.

Quel impact sur les valeurs des modèles Volkswagen ?
Du côté des clients, dans les concessions françaises, on oscille entre l'indifférence la plus complète et le sentiment d'avoir été dupé. En toile de fond une question revient sans cesse : que vaudra ma voiture si elle s'avère être dans le lot des modèles inclus dans le processus de trucage ? « Difficile de prédire l'avenir car nous sommes toujours dans l'émotion, analyse Jean-Pierre  Gauthier, directeur général du groupe Argus. A l'Argus, nous produisons trois types de valeur. En premier lieu, la Cote Argus qui est indépendante des variations conjoncturelles du marché. Peu de chance que cette affaire ait un impact significatif sur la cote de ces véhicules concernés. Pourrait-elle entraîner des variations plus structurelles, nous ne le saurons que s’il devait y avoir une modification du prix des véhicules neufs, dans le cas d'un changement de calcul des bonus-malus par exemple. L’Argus établit également des valeurs de marché à destination des professionnels : Valeur Argus Annonces et Valeur Argus Transactions. Contrairement à la Cote Argus, ces valeurs sont sensibles aux variations conjoncturelles. Si donc beaucoup de clients souhaitent revendre ces véhicules, nous pourrions rapidement constater des évolutions de prix, à la baisse dans un premier temps puis de nouveau à la hausse quand se présenteront des acquéreurs intéressés. Enfin, l'Argus élabore des valeurs résiduelles qui servent aux acheteurs dans les entreprises par exemple ou aux loueurs. Ces acteurs ont toutes les meilleures raisons du monde pour que les prix ne subissent aucun impact du fait de cette crise. Reste cependant à observer comment va évoluer l’image de marque de Volkswagen dans les entreprises et les loueurs de longue durée ; des politiques spécifiques de changement de marque pourraient être mises en place ».

Dans les concessions, les professionnels restent très discrets sur le sujet et le mot d’ordre reste le silence. Les réseaux des marques Volkswagen sont en première ligne mais un distributeur de la marque BMW s’avoue également très prudent. « Qui sait si d’autres marques ne seront pas éclaboussées aussi ! ».

Discrédit sur les normes
« Cette affaire jette avant tout le discrédit sur la véracité des normes et des contrôles d'émissions de pollution », estime Alexandrine Breton, présidente du gro upe Argus. « Aujourd'hui, la marque est présentée comme mensongère et le réseau va sans doute vivre des heures difficiles. Mais attendons les résultats des tests. Aux Etats-Unis, le sujet se concentre sur les émissions de Nox. En Europe, il s'étend aux émissions de CO2 qui sont également réglementées. Nous ne savons pas encore si le mensonge pourrait s'étendre à ce domaine. »

Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, a promis des contrôles aléatoires, dès la semaine du 28 septembre sur des véhicules tirés au sort à partir des plaques d'immatriculation. Ces contrôles, menés par l'Utac (laboratoire français d'homologation, devront déterminer à partir d'essais sur pistes mais en condition de circulation, si les véhicules ne présentent pas d'écarts trop importants avec les émissions annoncées. « Si le mensonge s'avère également sur le CO2, d'une crise de confiance nous passerons alors à un problème de fiscalité et un manque potentiel à gagner pour l'Etat français. Dans ce cas ce sera bien la machine fiscale qui aura été trompée », poursuit Alexandrine Breton.

Le diesel bashing se renforce
Plus globalement, se posent aujourd’hui les conséquences de cette nouvelle salve contre le diesel. Le CCFA, qui militait sans relâche pour que les moteurs Euro 6 diesels puissent obtenir la future pastille verte dans les certificats de qualité de l’air, aura toutes les peines du monde à faire entendre sa voix. Dans un contexte où le diesel fait déjà débats depuis plusieurs mois, des récupérations politiques pourraient être faites notamment du côté du parti EELV (Europe Ecologie Les Verts).

 « Le risque se situe plutôt de ce côté », reconnaît Marc Vautherin, directeur données et valorisation du groupe Argus. « Cette situation avait déjà entraîné une réévaluation des valeurs des véhicules essence. Le danger, surtout pour les constructeurs nationaux, serait que les valeurs résiduelles des modèles diesels baissent. Pour l’instant, les nouveaux modèles des marques françaises n’offrent que très peu d’alternatives en motorisation essence. »