Du montage des cuves GPL sur les Clio à l'assemblage des Alpine A110, il n'y a qu'un pas que les opérateurs de l'usine Alpine-Renault de Dieppe (76) ont franchi allègrement, en quelques années seulement : "Je veux refermer la page de la désindustrialisation française" a annoncé Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, aux salariés de l'usine. Ces derniers ne l'avaient toutefois pas attendu pour mettre une telle idée en pratique.

Dotée de 220 salariés en 2014, l'usine de Dieppe en emploie aujourd'hui 392. Renault, un peu aidé par l'Etat et la région Normandie, dit avoir investi près de 36 millions d'euros dans le site normand au cours des 4 dernières années. Tout ceci non pas pour parvenir à produire la nouvelle Alpine, mais pour atteindre un niveau de compétence qui permette de faire en sorte que la France, et Renault, soient de retour dans la catégorie des voitures premium. Il faut en effet souligner qu'aucune voiture de sport ou de prestige n'a été fabriquée sur le territoire depuis 1998, lorsque la dernière Venturi 300 Atlantique sortit des chaines.

Le rythme de la production, le calme relatif qui règne à Dieppe ne trompent pas : l'essentiel du travail est manuel, la cadence est lente même si les opérateurs ne chôment pas : "Au montage, il n'y a qu'un seul robot, celui qui sert à déposer le joint de colle du pare-brise" explique l'un des responsables de l'usine. Tout le reste est fait à la main. L'A110, dont la caisse est entièrement réalisée en aluminium, se voit bichonnée par ses fabricants. Les assemblages sont réalisés à la colle et aux rivets. Le trop plein de colle est par exemple nettoyé à la main. De la même manière, la voiture est intégralement poncée par une machine plutôt nouvelle chez Renault. Mais comme celle-ci ne va pas dans les coins et autres reliefs, le ponçage se termine à la main. Etc, etc... "La fabrication repose surtout sur le savoir-faire des opérateurs" note avec à propos un responsable du site.

Afin de parvenir à un niveau de qualité digne d'un véhicule à plus de 50 000 €, Renault a formé le personnel. Une école Alpine a été créée, elle se charge de former des opérateurs d'élite. La concurrence a aussi été sérieusement étudiée. Certains procédés ou certaines machines, comme le robot ponceur ou le robot essuyeur, sont des choses plutôt vues du côté des usines de Stuttgart. De grands travaux et de la place ont été faits à Dieppe, enfin. L'atelier de tôlerie, la peinture étaient des choses qui n'existaient pas auparavant. De plus, la production de la Bluecar de Bolloré a été interrompue, ce qui permet aux employés de se consacrer uniquement aux sportives "made in France" : "Les hommes comme les murs ont dû s'adapter" a ainsi fait savoir le PDG Carlos Ghosn.

L'usine de Dieppe a, selon Michaël Van der Sande, le directeur général d'Alpine, une capacité maximale de production de 75 voitures par jour. A ce jour, les 1955 exemplaires de la première série sont encore à réaliser. M. Van der Sande pense que cette tâche durera 8 mois environ. Toutefois, en plus des A110 et des Clio RS, l'usine de Dieppe devra aussi construire l'année prochaine environ 25 à 30 A110 dédiées à la compétition. Celles-ci, homologuées par la FIA, courront dans une coupe monotype : "Le site de Dieppe prouve que l'industrie française reste compétitive" a souligné Bruno Le Maire dans son discours. Juste avant de se voir embarqué pour un petit tour en A110 sur le mini-circuit maison, le sourire aux lèvres.