Comment vont les marques françaises ?

Le printemps ne parvient pas à s’installer en France, mais le temps est plutôt doux sur le marché automobile depuis le début de l’année : ventes en progression de 2,9%. Leur croissance a été moins forte en mars (+2,2%) qu’en janvier (+2,5%) ou février (+4,3%). Il serait toutefois prématuré d’y voir l’indice d’un ralentissement, pour trois raisons. D’abord, mars est le deuxième mois le plus fort de l’année pour les ventes automobiles en France, presque à hauteur de juin. Ensuite, cette croissance vient s’inscrire sur un mois de mars 2017 particulièrement haut : +7% par rapport au même mois en 2016. Enfin, mars 2018 a compté un jour ouvrable en moins que mars 2017. A nombre égal, la hausse aurait été de 6,8%.

Les marques françaises continuent globalement de bien tenir leurs positions sur leur sol national : au cumul, elles détiennent 48,6% du marché sur le premier trimestre, mieux qu’il y a cinq ans à même période (47,4%), mieux qu’il y a un an (48,2%). La mariée est encore plus belle quand Dacia vient l’aider à coudre sa robe. Avec l’aide de la filiale low-cost de Renault, les marques françaises contrôlent 54,7% du marché, contre 52,7% en 2013 et 53,8% en 2017.

Cette belle vigueur des couleurs tricolores recouvre toutefois des fortunes diverses. Peugeot a ralenti le rythme en mars : + 3,5%, après deux premiers mois de croissance à deux chiffres. Renault récupère ainsi sa place naturelle de première marque en France, même si sa croissance sur ce mois (+1,2%) est inférieure à celle du marché. Citroën stagne :  -0,1% en mars, ce qui est inquiétant pour une marque qui a récemment lancé deux modèles majeurs (C3, C3 Aircross). En revanche, grâce au nouveau Duster, Dacia flambe : +14% en mars, +12%% sur le premier trimestre.

Combien de ventes saines ?


Un bémol à la bonne santé affichée par le marché français en ce début d’année : il a cédé en mars à la tentation des ventes « tactiques ». Autrement dit, ces ventes aux loueurs de courte durée ou aux concessionnaires qui permettent, d’un coup de baguette magique, de corriger des chiffres à la hausse…

La part des ventes « saines » (ventes à particulier et à sociétés) est en effet à 67% en mars (48% à particulier, 19% à société). Ce qui a fait glisser leur part à 69,8% sur le premier trimestre, alors qu’elle était de 71,7% sur la période janvier-février. Mauvais signe, qui atteste que le marché français a maintenant pris l’habitude, dès que le vent faiblit, de doper ses ventes en recourant aux ventes tactiques. Voilà cinq ans, la part des ventes saines était par exemple de 73,5% sur la même période.


Certes, tous les constructeurs n’abusent pas de ce procédé. Les marques françaises sont plutôt vertueuses. Elles se situent soit dans la moyenne nationale (Citroën), soit au-dessus : 75% de ventes saines pour Peugeot, 71% pour Renault. A une exception près, DS : seulement 58% de ventes à particulier et société…

Avec 88% de ventes saines, Dacia reste le champion de la vertu commerciale. A l’autre extrémité du tableau, figurent les marques qui font allègrement tourner la machine à fabriquer des occasions à faible kilométrage : Nissan (53% de ventes tactiques), Opel et Fiat (52%). Et que dire de Honda ? Des résultats qui paraissent flatteurs, avec une hausse de ventes de 16% sur le premier trimestre 2018. La réalité l’est moins : seulement 49% de ventes saines…

Audi est dans le cas inverse. Les ventes font grise mine : - 16%. Mais leur structure est bonne : 78% à particulier et société. Mercedes-Benz ne peut pas en dire autant : ventes en hausse (+ 7%), mais part élevée (57% de ventes tactiques).


Comment L’argus procède ?


Pour obtenir le total des ventes à société, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueur sont le cumul des ventes à loueur de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ». Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,7% sur le premier trimestre 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi monopole des marques françaises.
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Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Infographie : Thierry Buyse