Comment vont les marques françaises ?


Un très beau mois d’avril (+9,0%) a confirmé la tendance haussière du marché français ; ventes en progression de 4,4% depuis le début de l’année.



Ce vent porteur gonfle les voiles des marques françaises, qui maintiennent une forte position sur leur sol : 48,2% de part de marché. Elles étaient à même niveau en 2017, et n’en détenaient pas tant voilà cinq ans (47,9%). Avec le concours de Dacia, les marques françaises deviennent majoritaires : 54,7%. Et augmentent même leur territoire : 53,0% de part de marché en 2013, 54,0% en 2017.


Mais cette bonne tenue d’ensemble recouvre des réalités différentes. La vie est belle pour Peugeot, qui profite du succès du couple 3008-5008 : 137 627 ventes (+10,4%) de janvier à avril, 18,5% de part de marché. Soit bien mieux qu’en 2013 (94 780 ventes, 16,0%) et 2017 (124 633 ventes, 17,5%).
Le nouveau Duster apporte le sourire à Dacia : 48 008 ventes (+17,4%), 6,5% de part de marché depuis le début de l’année. Jolie progression par rapport à 2013 (30 437 ventes, 5,1%) et 2017 (40 898, 5,8%).
Renault avance moins vite que la musique : hausse de 0,9% sur le premier quadrimestre, avec 140 417 ventes. Dès lors, la pénétration de Renault est en recul : 18,9%, contre 19,5% en 2017. Et Citroën est à la peine : ventes (72 503 unités) en repli de 0,6%, pénétration qui passe sous la barre des 10% (9,7%). La marque aux Chevrons pouvait espérer mieux, avec deux jeunes modèles en devanture : C3 et C3 Aircross. Mais Citroën est la seule marque majeure avec Fiat à ne pas proposer de SUV compact, le genre en vogue. Cette absence pèse lourd dans ses comptes.
Une consolation toutefois pour Citroën, le regain de DS, sa filiale haut-de-gamme : 7 970 ventes (+12,0%). Un sursaut dû à la DS7, un grand SUV lancé en mars et qui monte en régime.


Combien de ventes saines ?


C’est l’autre face de la médaille du marché français. Et elle est moins brillante : la part des ventes dites "saines" (ventes à particuliers et à loueurs de longue durée) a encore reculé en avril, pour tomber à 69% du total des immatriculations. Comme de coutume à cette période de l’année, la part des ventes à loueurs a bondi en avril : 18%. C’est logique : Europcar, Avis et autres renouvellent leur parc à l’approche des vacances. La part des ventes à particuliers reste à bon niveau (49%) et tire le marché vers le haut. Les sociétés ont été plus timides : leur part a glissé sous les 20%.



Au cumul, la part des ventes saines était au-delà des 70% lors des deux premiers mois de l’année. Elle a fléchi à 69,8% à la fin mars. Et continué sur cette pente à fin avril : 69,5%. Certes, c’est mieux qu’en 2017 à même période : seulement 67,3%. Mais la part des ventes saines enregistrées sur les quatre premiers mois 2013, 69,5%, souligne combien le marché français a cédé en cinq ans à la tentation des ventes "tactiques" : ces ventes à loueurs de courte durée ou à concessionnaires qui permettent à un constructeur, d’un coup de baguette magique, de corriger des chiffres à la hausse…


Les marques françaises restent toutefois sages, avec, au cumul des quatre premiers mois de l’année, une part de ventes saines (71%) supérieure à la moyenne nationale (69,5%). Dans le détail : 73% pour Peugeot, 70% pour Renault, et 69% pour Citroën. Mais Peugeot a enregistré en avril une part de ventes saines (69%) inférieure à ses canons habituels : elle était de 75% à fin mars. Ce qui minore les très bons résultats commerciaux de la marque sochalienne en avril (ventes en hausse de 12%). Cette remarque vaut également pour DS, dont le spectaculaire regain en avril (+ 68%) n’est pas seulement dû à la montée en puissance de la DS7 : seulement 57% de ventes saines…



Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites "TT".  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,7% sur le premier trimestre 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi monopole des marques françaises.



Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Infographie : Thierry Buyse