Comment vont les marques françaises ?

Le temps était mitigé en mai et les marques tricolores ont pris un léger coup de froid. Sans être flamboyant, le marché a continué à progresser : + 0,15% en données brutes, ce qui équivaut à une hausse de 5,4% à nombre égal de jours ouvrables, mai 2018 comptant un jour de moins que mai 2017. Mais ce sont les marques étrangères qui en ont profité (+1,8% en mai), tandis que malgré la résistance de Peugeot (+0,8%) et les belles performances de Dacia (+25%) et DS (+28%), le recul de Citroën (-12%) et de Renault (-6%) entrainait les valeurs françaises vers le bas (-1,4%).

Cette contreperformance atténue l’allant manifesté par les marques françaises depuis janvier. A fin avril 2018, elles détenaient 48,2% de leur marché national, voire 54,7% en enrôlant Dacia dans leur camp, soit mieux qu’en 2017 à même parcours (48,2%, 54% avec l’aide de Dacia). A fin mai, la mariée est moins belle : 47,8% de part de marché au cumul pour Renault, Peugeot, Citroën et DS, 54,3% avec l’aide de Dacia. Pour la première fois de l’année, les marques françaises apparaissent donc en recul par rapport à leurs résultats 2017.


Regarder plus en arrière permet de relativiser ce repli en mesurant le terrain reconquis par les marques françaises ces dernières années : voilà cinq ans, à fin mai 2013, elles recouvraient 46,9% du territoire français, et 51,9% avec Dacia…

Le mois de mai 2018 a toutefois confirmé, dans les deux sens, les tendances relevées depuis janvier. Dans un marché en hausse de 3,5% sur les cinq premiers mois de l’année, Citroën est à la peine (- 3%) alors que le renouvellement récent de la C3 et le lancement du C3 Aircross auraient dû faire basculer les résultats de la marque aux Chevrons dans le vert, Renault piétine (-0,6%), Peugeot a allongé la foulée (+ 8,3%) grâce à l’excellente tenue du couple 3008 (+ 34%) et 5008 (+ 350%), DS regagne enfin du terrain (+ 15%) grâce à la DS7, et le nouveau Duster donne des ailes à Dacia (+ 19%).

Combien de ventes saines ?


C’est la face grise du marché français : la part des ventes dites « saines » (ventes à particulier et à loueur de longue durée) a encore reculé en mai, pour tomber sur les cinq premiers mois de l’année à 68,5% du total des immatriculations, contre 69% sur la même période à fin avril.

-Retrouvez les statistiques du marché VN par canaux de vente en mai 2018 (AAAData)

Certes, la situation s’est améliorée par rapport à l’an dernier : seulement 67% de ventes « saines » à fin mai 2017. Mais l’élan vertueux enregistré en début d’année 2018 s’essouffle depuis deux mois, et la comparaison avec un passé récent permet de quantifier l’ampleur du mal : 72% de ventes « saines » à fin mai 2013. Le marché français a donc pris l’habitude de doper ses chiffres avec des ventes « tactiques » à loueur de courte durée ou au réseau. Autrement dit des ventes artificielles de véhicules neufs reversés après quelques mois sur le marché de l’occasion, voire immédiatement dans le cas des célèbres « Occasions zéro kilomètre ».

Les particuliers n’ont pourtant pas été timides en mai : 88 987 achats, soit 48,1% du total des immatriculations (+ 1,7%). Mais les entreprises ont observé une pause : 37 065 achats (19,3% du total, - 2,8%). Tandis que les loueurs de courte curée regarnissaient leur parc à l’approche de l’été : 38 841 achats (20,3% du total, + 3,3%).

Depuis le début de l’année, les marques françaises se sont montrées vertueuses : 72,4% de ventes aux particuliers et entreprises, soit mieux que la moyenne du marché (68,5%). Cette sagesse d’ensemble recouvre toutefois des situations contrastées. A l’examen des ventes « saines », Dacia est hors concours (88% du total de ses immatriculations depuis janvier), Peugeot bon élève (72%), Renault (68 %) et Citroën (67%) sous la moyenne, DS encore plus loin (58%). Une sorte de double peine, en somme : les marques dont les modèles trouvent naturellement preneurs auprès des particuliers et des entreprises n’ont pas besoin de céder à la tentation des ventes tactiques pour améliorer leurs résultats commerciaux.

Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à société, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueur sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à client en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.

Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,6% sur le premier trimestre 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi monopole des marques françaises.

Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Graphiques : Thierry Buyse