Tous les voyants sont au vert : ventes totales en hausse (+ 3,4%), ventes « tactiques » en baisse… La bonne santé du marché français n’est donc pas qu’une apparence.

Comment vont les marques françaises ?


Le froid qui saisit la France n’a pas congelé l’ardeur des acheteurs. Le marché automobile français continue de bien se porter en ce début d’année : 325 743 ventes au cumul de janvier et février, soit une hausse de 3,4% par rapport à la même période en 2017. Et les marques françaises aussi, puisque leur progression sur ces deux premiers mois (+ 4,9%) est supérieure à celle du marché français. Leur part globale grimpe ainsi à 48,1%. Un regain par rapport aux deux premiers mois 2017 : 47,5%. A regarder plus loin en arrière (47,8% de part de marché en janvier-février 2013), le constat est limpide : face à l’offensive des marques étrangères, les marques françaises tiennent bien leur sol.

Cette performance repose toutefois sur les épaules de Peugeot qui, grâce au succès du 3008-5008, réalise un superbe début de parcours : + 14,5% sur la période janvier-février ! Tandis que Citroën (+ 1,4%) et Renault (- 1,0%) ont du mal à démarrer l’année.
Il était déjà arrivé, au hasard des mois, que le dauphin Peugeot devance parfois le roi Renault, première marque de France. Mais jamais encore, de toute l’histoire du marché français, Peugeot (62 529 ventes) n’avait creusé un tel écart sur Renault (57 524 ventes) au cumul des deux premiers mois de l’année. Serait-il possible que pour la première fois, le sceptre de champion du marché français change de mains en 2018 ?

L’apport de Dacia ravive encore les couleurs françaises. La filiale de Renault court en effet à grandes foulées, grâce au nouveau Duster : 19 969 ventes, + 11%. Au total, la part des constructeurs tricolores atteint, avec Dacia, 54,3% du marché français. Un très beau résultat. Pour mémoire, ils n’occupaient que 53,7% de leur sol en janvier-février 2013, et 53,2% en janvier-février 2017.

Combien de ventes saines ?

Depuis plusieurs années, un mal sournois affecte la bonne santé apparente du marché français : la progression discrète et constante des ventes à loueurs de courte durée et concessionnaires, appelées ventes « tactiques » parce qu’elles permettent à un constructeur de corriger ses chiffres à la hausse d’un coup de baguette magique…
De 23,7% des ventes totales en janvier-février 2013, ce qui était déjà beaucoup, les ventes tactiques sont en effet passées à 31% sur la même période en 2017. Là, c’était beaucoup trop, avec ventes saines (particuliers, sociétés) rejetées sous la barre des 70% ! Bref, le mal prenait de l’ampleur.

Le marché français semble revenu à une plus juste mesure en 2018 : 71,7% de ventes à particulier et société depuis le début de l’année, seulement 28% de ventes à loueur et concessionnaire. Pas encore les 75,7% de ventes saines constatées en janvier-février 2013, mais le mouvement va dans le bon sens.

Bien sûr, toutes les marques ne sont pas logées à même enseigne. Certaines abusent encore des ventes tactiques. Mais le succès appelle souvent la vertu commerciale. Peugeot affiche par exemple 79% de ventes saines sur janvier-février, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale. Quand le public veut des 3008 ou des 5008, pourquoi recourir à la machine à fabriquer des occasions à faible kilométrage en les vendant à des loueurs de courte durée ou au réseau ? Dacia n’a jamais utilisé ce stratagème : 86% de ventes à particuliers, qui sont les ventes le plus rentables pour un constructeur, depuis le début de l’année !


Comment L’argus procède ?

Pour obtenir le total des ventes à société, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) et aux loueurs de longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueur sont le cumul des ventes LCD (Avis, Europcar etc.) et à client en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,7% en janvier-février 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi monopole des marques françaises.

Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Infographie : Frédérique Schielé