En bon pilote de course, Carlos Tavares a toujours l'oeil rivé sur le chronomètre. Même lorsqu'il répond aux questions des députés. Le président du directoire de PSA n'en a pour autant esquivé aucune, y compris celles de nature à le fâcher :
"En Chine, nous avons été beaucoup trop longs" a considéré M. Tavares après qu'un élu lui ait demandé de s'expliquer sur la contreperformance du groupe dans cette contrée, "nous avons été trop longs sur la reconnaissance d'un marché qui est passé d'une situation de forte croissance à la saturation. Le mode de fonctionnement d'un constructeur sur un marché saturé est complètement différent de celui d'un marché en forte croissance" a t-il expliqué.

Ce relatif aveuglement, Carlos Tavares le met aussi sur le compte "de nos partenaires chinois" avec qui PSA "a sans doute été mauvais pédagogue". Mais là n'est pas le seul motif d'insuccès, selon le patron : "Il aurait fallu être plus compétitifs en coûts pour donner de la marge de manoeuvre à nos commerçants. Ce n'était pas le cas lorsque cette transition de marché est apparue, donc, nous avons été mauvais dans la stratégie..." Carlos Tavares assure toutefois qu'après le cuisant échec de 2017 (-37,4% de véhicules vendus en Chine) des "signaux positifs" seraient aujourd'hui perceptibles par le groupe.

Autre sujet qui a semble-t-il passionné l'auditoire, la rentabilité du véhicule électrique, une "excellentissime question" selon le président du directoire. Il annonce en préambule que le "coût pour le consommateur est supérieur à celui d'un véhicule thermique" à l'heure actuelle, d'où la nécessité d'avoir des subventions d'Etat pour amorcer la demande. Mais afin de rendre le véhicule électrique économiquement compétitif, "la solution vient de la chute du prix des batteries" annonce M. Tavares. Et de déployer sa pensée : "C'est un sujet de fond, stratégique. Comment préserver un accès au prix du kw/h qui soit compétitif ? Nous n'avons aucun intérêt stratégique à ce que le sourcing de ces batteries soit concentré en Asie (...) Tout cela devrait faire l'objet d'une réflexion, c'est pour cela que nous soutenons l'idée de la création d'un champion de la fabrication de batteries en Europe".

Le constructeur chinois Dongfeng, détenteur de 20,2% des droits de vote de PSA, est aujourd'hui le premier actionnaire du groupe.