Au cours d'une audience de quatre heures, le tribunal est revenu sur la matinée du 17 février 2017 au cours de laquelle un salarié CGT de l'usine automobile, revenu d'un arrêt maladie après un accident domestique, s'est vu attribuer un poste qui ne convenait pas selon lui à ses restrictions médicales.

Après avoir été soigné à l'infirmerie, il se rend vers 10H00, avec huit délégués CGT, dans le bureau de son chef d'équipe.

Selon ce dernier, les neuf salariés se sont "engouffrés" dans son bureau d'une surface de "10 à 12 m²", l'un d'entre eux se plaçant devant la porte fermée.

Le plaignant rapporte alors s'être senti "oppressé", "emprisonné", alors qu'on lui parlait "de façon extrêmement agressive et menaçante" sans qu'il puisse s'exprimer. Selon son supérieur, il s'est "effondré en larmes" après le départ des syndicalistes.

Au contraire, les prévenus ont raconté à la barre s'être croisés dans le bâtiment "par hasard" et avoir décidé d'accompagner le salarié "en délégation" auprès de ses supérieurs.

Un choc psychologique


Selon eux, ils ont été "invités" par le chef d'équipe à entrer dans son bureau, où, malgré l'exiguïté des lieux, ils ont eu une discussion "calme", "sans agressivité", à l'issue de laquelle le chef d'équipe a "reconnu" ne pas avoir "respecté la règlementation".

"Il a écrit que ces 30 minutes, c'était une +éternité+", comme "être dans une machine à laver", a souligné l'avocate des parties civiles, Me Hélène Clamagirand. "La violence des propos, la répétition des questions, la présence de ce groupe, l'absence de liberté d'aller et venir a créé un choc psychologique particulièrement important", a-t-elle ajouté.


Un coup de force


"Dans ce dossier, vous avez à juger d'un véritable coup de force", a estimé la procureure Fabienne Bonnet. "Ce 17 février, les prévenus" ne se sont pas "comportés en syndicalistes" mais "en délinquants", a-t-elle déclaré, requérant cinq mois de prison avec sursis pour chacun des prévenus.

"Les envolées d'imagination du parquet ne pourront pas suffire, et le simple fait d'être nombreux ne pourra pas suffire", a répliqué l'avocate des parties civiles, Me Marie-Laure Dufresne-Castets: "Des faits, des éléments démontrés, vous n'avez rien de tout ça".
Le jugement a été mis en délibéré au 20 décembre.

Le 17 novembre 2017, entre 350 et 500 personnes selon les sources s'étaient rassemblées devant le tribunal en soutien aux salariés et pour dénoncer la "répression syndicale". Parmi elles figuraient notamment les députés de La France insoumise Clémentine Autain et Eric Coquerel et les ex-candidats d'extrême-gauche à la présidentielle Nathalie Arthaud et Philippe Poutou.