Enfant, Claire Cano savait déjà qu’elle deviendrait chef d’entreprise. « Mon père a créé une entreprise de logiciels dans l’agroalimentaire en Bretagne. Je me suis donc plongée dans cette passion très tôt. Je voulais vraiment être mon propre patron », avoue-t-elle. Sans délaisser ses rêves pour autant, elle décide tout de même de suivre la voie classique et intègre HEC Paris en 2008, mais sans vraiment trop s’investir. Une occasion de sortir un peu de ce carcan s’offre à la jeune femme, qui part étudier en Nouvelle-Zélande. Ce voyage va bouleverser sa vie.

Une communauté néo-zélandaise

L’étudiante s’immerge dans la culture du pays et trouve refuge au sein d’une communauté d’entrepreneurs passionnés. « Ils m’ont apporté une autre vision de la liberté d’entreprendre. » Grâce à la start-up Transfercar, qui propose la location d’un véhicule pour 1 dollar, Claire retourne en France avec son lot d’inspirations dans sa valise. « J’ai été sensible à leur concept de mobilité durable. » Mais ce n’est pas encore l’heure pour elle.
Claire retrouve sa place d’étudiante et fait deux stages en conseil chez Altim et EDF. « En tant que salariée, je tournais en rond. J’étais compliquée à gérer pour mes directeurs, car rien n’allait assez vite pour moi. J’avais compris qu’il fallait que je me lance sans attendre. »

Il est donc temps. Claire Cano profite de sa dernière année pour concrétiser son projet. En 2012, avec Idris Hassim, un camarade de promotion, elle dépose les statuts de l’entreprise. À 23 ans seulement. L’aventure LuckyLoc démarre. Il s’agit d’une solution collaborative dont l’équation est plutôt simple : proposer aux loueurs de se faire rapatrier un véhicule par un particulier, qui, grâce à LuckyLoc, ne paie que 1 € pour son propre voyage. Les premiers trajets se vendent sur Facebook. « C’était complètement artisanal, mais le concept a plu immédiatement. » Au-delà de l’engouement, c’est la confiance qui grandit.

« Nous étions rassurés et nous pouvions réfl échir aux perspectives de développement de l’entreprise. » 

Mais les clients en demandent encore plus. Le binôme aussi. Un réseau de convoyeurs professionnels et une bourse de transport par camion sont créés, puis la méga-plateforme Expedicar voit enfin le jour en 2015 pour que les particuliers et les professionnels puissent gérer tous leurs transports de véhicules aussi facilement qu’un colis.« Avec cette offre construite, nous nous définissons un peu comme le FedEx de l’automobile. » 

Les deux marques réalisent aujourd’hui un chiffre d’affaires d’un peu moins de 4 M€, avec 2 500 véhicules déplacés par mois et 300 000 inscrits. L’entreprise collabore avec de grands acteurs, comme Europcar, Rent a Car, Aramis Auto, Autosphère et Zanzicar.fr pour la livraison et la reprise à domicile.

"En peu de temps, je suis passée de créateur à manager d'une équipe de 25 personnes. l'entrepreneuriat est un excellente école de vie."

« Si fière de ce qu’on a construit »

Malgré les mises en garde de son papa, Claire Cano a tenu sa promesse : devenir un jour son propre patron. Mais ce fut non sans mal. « Entreprendre est difficile émotionnellement, il faut aimer l’imprévu. Le binôme avec Idris Hassim a été notre socle, nous y sommes allés prudemment pour ne pas trop nous perdre. Je suis si fière de ce qu’on a construit... Mais la notion de réussite est relative. Je pense que nous pouvons aller encore plus loin ensemble. » De nombreuses idées traînent encore dans la valise de Claire pour faire grandir son entreprise et, pourquoi pas, en créer de nouvelles. Mais la meilleure des récompenses vient peut-être de son mari, qui, comme elle, est en train de créer sa boîte. « Mon conjoint a été ma soupape de décompression et c’est une grande satisfaction que de lui avoir donné l’envie de se lancer. »

Yoga. La jeune femme, grande sportive, s'est récemment intéressée au yoga. Selon elle, c'est une excellente discipline pour les entrepreneurs. "On apprend à relativiser et à décompresser."


Prix. Elle a remporté six prix entre 2013et 2017. Elle a été notamment élue Femme entrepreneure numérique, a reçu le Trophée de l'innovation BNP Paribas et a conquis le jury de Fraikin pour le prix du fournisseur.

Logistique. Claire Cano voue une véritable passion à la logistique : "Elle me fascine, car c'est un élément déclencheur qui permet aux idées de chacun de se faire ; sinon, aucun projet ne voit le jour sans elle."