De franco-français, le contrôle technique va devenir européen le 20 mai 2018. Une initiative qui aura surtout des incidences techniques (lire l’encadré ci-dessous), mais qui suppose aussi une montée en compétence de la part des contrôleurs. Ainsi, à partir de la date fatidique, plus aucun postulant au métier ne sera admis s’il ne justifie pas au minimum d’un bac professionnel maintenance des véhicules routiers ou maintenance des véhicules particuliers. À l’heure actuelle, et jusqu’au 20 mai, les candidats peuvent encore témoigner uniquement d’un CAP de mécanique ou de carrosserie. Outre ces nouvelles conditions d’accès au métier, qui ne changeront évidemment rien pour le personnel déjà en poste, s’ajouteront deux autres faits de nature à influer sur le personnel : la durée d’une visite périodique va augmenter, comme celle de la contre-visite, laquelle devrait avoisiner les vingt minutes, contre moins de dix aujourd’hui. Enfin, le nombre de véhicules refusés au premier contrôle devrait doubler lors des premiers temps : de 17% à l’heure actuelle, le taux d’ajournement devrait grimper à 35% des contrôles, voire à 40%. C’est autant de contre-visites en plus. Autant d’éléments qui vont entraîner un besoin accru en personnel, alors que le secteur a déjà bien du mal à trouver des opérateurs. « Des contrôleurs, nous n’en trouvons pas avec un CAP, alors avec le bac... », résume Sophie Austruy, à la tête de cinq centres dans les Pyrénées-Atlantiques.

« C’est terrible, contraignant et inquiétant, renchérit Thibault Riester, qui gère quinze centres dans l’Essonne et la Seine-et- Marne, soit 47 contrôleurs employés. Certains centres font à la fois du contrôle sur les véhicules légers et sur les poids lourds, avec du personnel agréé sur les deux. Mais demain, ceux qui auront un bac pro de maintenance des véhicules particuliers ne pourront plus devenir contrôleur de poids lourds, alors qu’il est acquis que l’inverse sera toujours possible… Recruter un contrôleur de poids lourds est aujourd’hui très, très difficile. »

Le CAP jusqu’au dernier moment

Les grandes enseignes de la profession ne sont pas épargnées par le phénomène. Chez SGS (Auto Sécurité, Sécuritest), on souligne d’ailleurs que jusqu’au dernier moment, des sessions de stagiaires intégreront des jeunes munis d’un seul CAP. Guy Morvan, le directeur technique et de la formation, fait les mêmes constats que les têtes de réseau plus modeste. « Actuellement, entre les mois hauts et les mois bas, la variation d’activité est de l’ordre de 20%. Mais avec un contrôle technique plus long et avec davantage de contre-visites, il va falloir embaucher des personnes supplémentaires pour passer les pics, constate-t-il. Avec la réforme, j’ai peur qu’un certain nombre de contrôleurs cessent leur activité.» Une crainte qui semble tout à fait fondée.

« J’ai des contrôleurs qui sont partis parce qu’ils ne se sentent pas en phase avec la nouvelle réglementation, annonce la responsable d’un centre dans les Bouches-du-Rhône. Et ce n’est pas un cas isolé. Ils ont tellement peur du conflit avec les automobilistes [en raison de l’apparition du défaut critique] qu’ils sont retournés en mécanique générale.»

Frédéric Mouret, directeur du réseau et numéro deux d’Autovision, convient que les deux années à venir risquent d’être « difficiles » en termes de ressources humaines. Car un autre phénomène est aussi à prendre en compte : « Nous avons une proportion importante de personnes qui vont partir à la retraite dans les trois prochaines années.» Moins de jeunes, moins de vieux, des visites plus nombreuses… Comment faire pour attirer les pros de la mécanique jusqu’aux centres de contrôle technique ? « Augmenter les salaires ? Certainement, un petit peu », convient Frédéric Mouret, qui pointe le fait qu’un jeune titulaire d’un bac professionnel « peut entrer chez un concessionnaire comme réceptionnaire » à un salaire sans doute supérieur. Antoine Avazeri, à l’origine de la coopérative Auto Sécuritas et aujourd’hui dans l’aventure Coop Contrôle, ne dit pas autre chose.

« Les contrôleurs ne sont pas assez bien payés vu les contraintes. Les patrons qui ont des contrôleurs se doivent de les garder ! », tonne-t-il.

Sous la moyenne

D’après le dernier rapport de branche en date (une étude portant jusqu’à 2016, le salaire moyen brut annuel dans le contrôle technique affiche 26 685€. Une somme qui n’est pas la plus basse dans la mécanique, mais qui demeure en deçà de la moyenne de tous les métiers de la mécanique (28 657€). Cependant, pour Guy Morvan, il s’agira surtout de se présenter sous un jour plus attractif. Les réseaux vont se donner les moyens de communiquer davantage dès la classe de 3e, dans les CFA, etc. pour expliquer aux jeunes toutes les vertus du métier de contrôleur technique. Un ex-contrôleur, aujourd’hui salarié d’un réseau d’indépendants, partage ce constat : « Plus que dans la formation, c’est dans la communication qu’il faut faire quelque chose. Il faut redonner envie aux gens de faire du contrôle.»


Le portrait-robot du contrôleur

portrait controleur technique

Le contrôleur type est un homme de 40,3 ans, qui gagne 26 685 euros bruts par an

D’après le dernier rapport réalisé par l’Observatoire de la branche des services de l’automobile, la catégorie des contrôleurs techniques n’est pas à part, mais elle tutoie les extrêmes à bien des égards. Le contrôleur technique est essentiellement un homme : 15 % de femmes, soit la plus faible proportion observée dans les métiers liés à la mécanique. L’âge moyen du contrôleur est aussi le plus élevé dans la branche : 40,3 ans, pour une moyenne de 37,2 ans tous métiers confondus. D’ailleurs, la part des 55 ans et plus est quasiment la plus élevée : 13,6% des effectifs. Le salaire moyen est loin d’être le plus élevé : 26 685 € bruts par an. Il est même inférieur de 2 000 € à celui observé dans la branche. Toutefois, ce salaire a sans doute vocation à être régulièrement complété, puisque, selon l’Observatoire, le nombre moyen d’heures supplémentaires par salarié est le plus élevé de tous les métiers de mécanique : 8 h 48 par mois. Les contrôleurs techniques bénéficiant d’un agrément étaient 12 594 au 31 décembre 2017, selon l’Organisme technique central, soit 4,5% de plus qu’en 2016. Rapporté au nombre de visites périodiques à effectuer, cela représente 1 622 visites par an et par contrôleur. Si l’on considère l’ensemble des actes effectués en 2017 par les contrôleurs (contre-visite, visites complémentaires pour la pollution, etc.), la volumétrie se monte à 2 014 inspections en moyenne, par an et par personne.