L'Etat français apprenti sorcier ? La loi de transition énergétique promulguée l'été dernier prévoit un renforcement du contrôle des émissions polluantes à l'occasion de la visite technique périodique. Le législateur souhaite en effet s'occuper des oxydes d'azote (Nox) et des particules fines en plus des polluants habituels.

Mais comme L'argus l'avait déjà indiqué, l'affaire n'est pas simple. Au point qu'aujourd'hui, il est envisagé de mettre en place ces nouveaux contrôles à partir du 1er janvier 2018, et ce pour une période expérimentale qui courrait jusqu'au mois d'août. A l'issue de ces 8 mois, sans doute le contrôle des Nox et particules deviendrait-il effectif, c'est à dire qu'il enverrait les véhicules les moins propres en contre-visite.

Voici le problème : plusieurs solutions techniques ont été présentées au ministère de l'Ecologie pour mesurer le plus efficacement possible les oxydes d'azote. Ces solutions sont proposées par les équipementiers, qui se comptent sur les doigts d'une main en France. L'un poussait pour que les centres de contrôle se dotent d'un banc de puissance, seul outil à même de mesurer de manière efficace et incontestable les Nox : "Il n'y aura probablement pas de banc de puissance, mais un capteur de gaz à ajouter sur l'analyseur de gaz, qui ferait donc à la fois essence et diesel" explique Nicolas Bouvier, président de l'activité contrôle technique de Dekra France. Trop cher, trop encombrant et trop dangereux à manier, le banc de puissance n'a pas convaincu les pouvoirs publics.

En revanche, rajouter un capteur de Nox sur les analyseurs actuels présenterait plusieurs avantages : un coût relativement contenu, et une procédure rapide et simple, à l'instar de ce qui se fait déjà pour mesurer les autres polluants.
Il faudra cependant s'attendre à ce que bien des centres soient obligés d'investir dans un nouvel analyseur de gaz (5 000 à 10 000€ selon Dekra). Tous ne seront pas capables de supporter les gaz provenant à la fois des essences et des diesels.


Le casse-tête des particules issues des moteurs essences



Si la procédure commence à se dessiner pour les Nox, pour les particules, il s'agit toujours d'une autre affaire : "Il faudra acheter du matériel, mais on ne sait pas encore lequel", résume Nicolas Bouvier. D'après les dernières orientations connues, l'idée serait d'adapter les opacimètres actuels, qui délivrent une mesure "à la louche" à laquelle plus personne n'accorde de crédit. On demanderait simplement aux opacimètres de mesurer les fumées avec plus de finesse : "Un opacimètre au mieux de sa forme fait très bien l'affaire" commente à ce sujet l'une des parties prenantes de ce dossier.
Seul hic : l'Etat français voudrait aussi mesurer les particules émises par les véhicules essence à injection directe ! Or, les particules des essences sont émises lorsque le moteur est en charge, et pour mesurer les émissions d'un moteur en charge, il faut... un banc de puissance. La méthode pour mesurer les particules des moteurs à essence lors d'une visite technique périodique reste donc à inventer, pour l'instant.