Au salon de Francfort, Carlos Tavares, le patron de PSA est revenu sur le dieselgate qui secoue le groupe depuis quelques jours. Il a développé sa version et son point de vue sur l’avenir de l’automobile dans le cadre d’une table ronde avec des journalistes. Selon lui, pousser pour le développement du véhicule électrique sans vision globale pourrait s’avérer dangereux. Verbatim.

PSA a-t-il triché ? (ndlr, dans le cadre du dieselgate)
« Je suis attristé par la confusion, parce que, fondamentalement, il suffit de lire le rapport de l’IFPEN, un institut scientifique. Ce rapport était bien connu et n’est pas ambigu. Il montre que ce que nous faisons chez PSA est parfaitement conforme. Cette affaire est dommageable. J’en suis désolé et en colère pour mes collaborateurs. En portant plainte, nous voulons les protéger.
Par ailleurs, c’est aussi dommageable pour l’ensemble de l’industrie automobile. Nous ne pouvons pas considérer qu’elle est dans l’illégalité
».

Est-ce la fin des véhicules thermiques ?
« Le diesel a gagné la bataille technologique, mais perdu la bataille politique », avait déjà reconnu Carlos Tavares. A Francfort, il précise son analyse. « Avant, entre diesel et essence, nous étions dans des technologies [politiquement] neutres, maintenant nous allons dans la direction du véhicule électrique. Technologiquement, il n’y a pas de problème pour PSA, nous aurons 50% de nos modèles électrifiés en 2020 et 80% en 2023 ».

Attention au risque d’un éventuel « ElectricGate »
Chat échaudé…Investir massivement dans le véhicule électrique pourrait avoir des conséquences aujourd’hui insoupçonnées qui pourraient mettre à mal l’ensemble de l’écosystème. Carlos Tavares tire la sonnette d’alarme, même s’il sait que comme constructeur, il a peu de chances d’être entendu.
« En revanche, en tant que citoyen, je me pose la question de la responsabilité scientifique que prennent les pouvoirs publics en annonçant la fin des véhicules thermiques en 2040. L’ensemble de l’écosystème doit être pris en compte, comme le problème de recyclage des batteries des véhicules électriques, celui de l’émission d’ondes électromagnétiques, celui de la production de l’énergie primaire. L’administration doit prendre la responsabilité scientifique, j’insiste sur ce mot, quand elle annonce une telle décision. J’appelle de mes vœux à une réflexion globale sur le sujet ».

Le développement du véhicule électrique va peser sur les marges des constructeurs
« Le développement du véhicule électrique nécessite des efforts supplémentaires en R&D, si l’on n’arrête pas d’autres investissements dans la recherche. Les véhicules sont beaucoup plus onéreux que les véhicules thermiques équivalents, les subventions permettent de les vendre. Mais combien de temps dureront-elles ? Je rejoins ce qu’a déjà dit Dieter Zetsche, le patron de Daimler, « il va falloir que les constructeurs génèrent des économies ».
« Comme après l’arrêt des primes à la casse, des constructeurs prendront le relais et offriront leurs propres aides. Ce qui veut dire que les marges des constructeurs vont s’effondrer. Or la mobilité propre est aussi un problème économique. Si les entreprises ne génèrent pas de profit, cela ne pourra pas durer ».

Faurecia pourrait-il être vendu ?
« Faurecia n’est pas à vendre, il crée de la valeur, ils font du bon travail. C’est un pôle de développement de technologie, notamment en matière de sécurité des véhicules autonomes, PSA peut en bénéficier. Il n’est pas encore dans le top 3 de son industrie, il a donc un potentiel de croissance. J’attends que le chiffre d’affaires et la marge opérationnelle continuent de grimper, c’est ce qui se passe jusqu’à présent ».

Quel avenir pour Opel au sein de PSA ?
« Opel a besoin d’une roadmap C02 plus robuste que celle que nous avons trouvée en arrivant. Nous sommes en train de la construire.
Ce que j’aime chez Opel, ce sont les gens. Ils sont compétents et talentueux. Pour nous, les gens d’Opel sont la solution et non pas le problème (Carlos Tavares fait référence à d’éventuels sureffectifs).
Nous comparons Opel à ce qu’était PSA il y a quatre ans. Il se trouve que le directeur financier d’Opel est l’ancien contrôleur de gestion de PSA. Les écarts constatés sont très motivants
».

L’ensemble Opel-PSA est supervisé par un Global Executive Comity. Carlos Tavares reconnaît que le marché européen aborde une fin de cycle très positive et que de ce fait les choses pourraient être un peu plus compliquées.

Y aura-t-il moins de ventes tactiques chez Opel ?
« Je ne demande pas de corriger le mix canal autrement qu’en augmentant le volume de vente à particuliers ».

Quelle politique pour Vauxhall face au Brexit ?
« Pour ce qui est de Vauxhall, notre stratégie n’est pas encore décidée. Nous envisageons plusieurs scénarios en fonction du niveau des barrières douanières. Nous ne sommes pas seulement préoccupés pour Opel-Vauxhall mais aussi pour l’ensemble du groupe PSA élargi ».

Peut-on rendre le parc ancien plus propre ?
En Allemagne, les constructeurs sont appelés à réviser le réglage logiciel de leurs véhicules pour les rendre plus propres, en réduisant les émissions de NOx et de particules.
« Je suis sceptique quant à une éventuelle amélioration via une mise à jour de logiciel. Les lois de la physique restent les lois de la physique. Si l’on améliore les performances d’un côté, on les dégrade par ailleurs ».