Au cours des six derniers mois, le cabinet d’audit et de conseil a interrogé 1 000 automobilistes, des constructeurs, des équipementiers ainsi que des réseaux de marque et indépendants présents sur les principaux marchés « matures ». De ces échanges, complétés par les observations des consultants maison, Deloitte a construit une étude, intitulée « quel avenir pour l’après-vente automobile ? ». Il ressort de ce travail plusieurs grandes tendances dont l’influence sera déterminante pour le marché de l’après-vente auto et les principaux acteurs qui le composent.

La connectivité des véhicules

En 2025, 100% des véhicules qui seront commercialisés dans les principaux marchés matures mondiaux seront connectés. Selon le cabinet américain, le parc automobile de ces marchés, à horizon 2025, se composera à 47% de véhicules connectés. Ceux qui ne seront pas connectés seront connectables via les solutions en rétrofit. Deloitte estime que le taux de fidélité augmente de 15 à 20% pour les véhicules âgés de 4 à 8 ans équipés de services connectés. « Les informations issues de la connectivité permettent de faire de la maintenance prédictive, de communiquer plus facilement avec le client et d’anticiper ses besoins », rappelle Meissa Tall, associé conseil automobile chez Deloitte. En plus de constituer un vecteur de fidélisation, la connectivité des véhicules doit permettre de reconquérir les clients perdus. Une problématique qui préoccupe principalement les constructeurs dont la part de marché s’érode fortement sur la tranche des véhicules de 4 à 8 ans. « Mais les constructeurs ne seront pas les seuls grands bénéficiaires de l’essor de la connectivité car le régulateur va veiller à l’équilibre de la concurrence. Les gagnants seront ceux qui seront rapidement organisés, préparés, qui auront une offre adaptée et seront en capacité d’exploiter et d’analyser les données collectées », informe Meissa Tall.

E-commerce et essor du « do it for me »
Devis, prise de rendez-vous et vente de pièces en ligne... Le digital représente un canal de conquête incontournable pour les acteurs de l’après-vente sachant que plus de 7 automobilistes sur 10 initient leurs achats sur Internet. En 2022, une étude de Frost & Sullivan prévoit que la part de marché B2C en ligne des pièces de rechange auto atteindra les 20%, avec une croissance estimée entre 10 et 15% par an sur le marché américain et en Europe de l’Ouest. Cette croissance sera soutenue par les constructeurs et les acteurs traditionnels de l’après-vente mais également de nouveaux entrants. Aux Etats-Unis, Amazon et eBay s’accaparent 70% des pièces de rechange vendues en ligne (valeur estimée entre 7 et 7,5 milliards de dollars). Parallèlement au « do it yourself », Deloitte observe une montée en puissance du modèle « do it for me », qui consiste à acheter une pièce sur un site et à la faire monter chez un réparateur.

L'impact des véhicules électrifiés
Moins de pièces à réparer, moins d’éléments d’usure et de maintenance... Le panier moyen après-vente des véhicules électriques diminuera de 50% à 70% par rapport aux véhicules thermiques par an et par client, rapporte le cabinet américain, qui se base sur les retours de plusieurs constructeurs. « Les garagistes présents dans les grandes villes qui durcissent les conditions d’accès aux véhicules diesels seront peut-être plus impactés par cette transition », soulève Meissa Tall. L’arrivée progressive de ces nouvelles motorisations impose à tous les acteurs du marché d’équiper leurs ateliers d’un outillage spécifique et de suivre des formations dédiées.

Quels clients pour les réparateurs ?
Deloitte soulève que le marché de l’après-vente devra répondre aux attentes de consommateurs aux profils distincts, en particulier la génération Y dont les besoins sont en décalage par rapport aux générations précédentes. Celle-ci réclame une expérience omnicanale, des interactions transparentes, une ultra-personnalisation ou encore des prix plus bas. Par ailleurs, avec l’essor de l’autopartage, les réparateurs seront amenés à intervenir davantage sur des flottes de véhicules. 

Des pièces imprimées en 3D
Le business de l’impression 3D dans l’industrie automobile présente un fort potentiel. Le cabinet d’audit estime dans son étude que 80% des pièces de réparation et 60% des pièces mécaniques pourront être imprimées en 3D en 2030. « Toutes les pièces ne seront pas éligibles, il y aura aussi des résistances de la part de certains acteurs, des limites techniques mais la pièce 3D prendra une part de marché à l’avenir », anticipe Meissa Tall.