Carpro achète pour 32 millions d'euros de pièces de rechange à Citroën.
« Pour rien au monde, je ne reviendrai en arrière », déclare Jacques Dubois, co-dirigeant avec Jean-Marc, son frère, du groupe de distribution JMJ Automobiles. En Bourgogne et en Franche-Comté, ces deux distributeurs commercialisent plus de 14 000 véhicules à travers 13 concessions Citroën, 10 affaires Peugeot et un site bi-marque en Suisse.

 En charge de Citroën, Jacques Dubois a créé l’événement le 15 juillet dernier en inaugurant le 25ème site de l’entreprise : un gigantesque centre de logistique de pièces de rechange dédié exclusivement à Citroën incluant la gamme Eurorepar sur 6 000 m2 à Tavaux. Dans le Jura, cet emplacement de choix se situe à 50 km de Dijon, de Lons-le-Saunier et de Besançon... Au carrefour, donc, des concessions du groupe, mais aussi à 110 km du centre mondial de pièces de PSA, à Vesoul.

Un taux de service de 86 %


 Les chiffres de Carpro – nom de la plateforme – se passent de commentaires quant à l’ampleur du projet : 3 millions d’euros investis, plus de 14 000 références stockées, 235 clients livrés par jour, un call center, une dizaine de collaborateurs à l’exploitation doublée de 9 vendeurs itinérants managés par un chef des ventes, près de 30 000 lignes de sorties en stock par mois et 32 millions d’euros de chiffre d’affaires (en croissance).

 Grâce à 2 livraisons quotidiennes et un réapprovisionnement permanent, le taux de service atteint désormais 86 % avec un objectif à court terme de 90 % contre 70 % précédemment (et de façon générale dans les groupes automobiles). Sur place, l’organisation est désormais industrielle et ce, de la prise des commandes par le call center ou le système en ligne Citroën service (jusqu’à 23 H pour une livraison à l’aube) aux codes barre et autres ordonnancements.

Vers une plateforme bi-marque ?


 Sans commune comparaison avec les 4 directions commerciales pièces de rechange (DCPR) précédemment en place au sein de JMJ Automobiles, ne permettant alors de proposer que 5 000 références. « Nous avons conservé une activité PR dans chaque concession, mais celle de Besançon, par exemple, est passée de 1 million à 50 000 euros de stock, en étant mieux servie qu’avant ! Cela nous permet aussi de gagner des m2 dans nos affaires et surtout de conquérir des parts de marché auprès de nos 1065 clients. Certains qui n’avaient pas la pièce dans les temps commandaient auprès de grossistes indépendants », témoigne Jacques Dubois qui clôt en revanche très rapidement le débat sur les profits de l’opération. « C’est un centre de moyen, plus que de rentabilité ».

Le concept a, de toute façon, fait ses preuves au sein du réseau privé Peugeot, notamment chez Dubreuil, Métin, Mary Automobiles, etc. L’entrepreneur se tient donc prêt à doubler la superficie de Carpro pour intégrer Peug eot dès que le contrat de DPR exclusif évoluera, autorisant le mariage des logos bleu et rouge… « Je ne vous cache pas que nous travaillons sur cette possibilité, confie Yves Fallouey, directeur logistique pièces de rechange de PSA, mais le sujet est sensible en terme de business car il y a une part de commerce dans l’activité pièces et sur le plan juridique du fait de contrats distincts ». Avec près de 60 % de pièces communes entre Peugeot et Citroën, le sujet peut l'être, méritant néanmoins sa pole position sur la table des chantiers.

L’informatique au cœur du dispositif


 En toile de fond de cette usine huilée qu'est Carpro se trouve l’informatique. La solution plateforme PR est, en effet, construite à partir de l’intégration de deux produits : le WMS Géode (outil logistique servant au réapprovisionnement, à la réception et expédition de marchandises, au traçage des pièces, etc.) et I’Car DMS (Dealer Management System régissant l’activité commerciale, les prises de commandes, les promotions des constructeurs…). C’est ce couplage logiciel complexe qui permet d’obtenir ce qu’Yves Fallouey nomme « un core model homogène », soit une solution unique pour les constructeurs et distributeurs automobiles.

 En pratique, Geode reçoit, par exemple, un bon de « pickage d’une pièce » en provenance d’I’Car Systems et cette fluidité du dialogue entre les deux outils orchestre l’activité de la plateforme. Depuis 2007, PSA travaille avec cet éditeur de solutions informatique métiers pour l’automobile, notamment sur ce projet. « Nous répondons aux attentes des groupes d’une taille importante qui cherchent cette solution et actuellement son ouverture au multimarquisme » explique Philippe Almouzni, président d’I’Car Systems qui lancera le 27 mars le 1er Club des utilisateurs invitant constructeurs et distributeurs à discuter de leurs souhaits en matière de solution unifiée.

« PSA a vécu pendant 30 ans avec un système qui est en train de se renouveler. Le groupe Mary Automobiles adopte notre solution plateforme PR et d’autres distributeurs vont bientôt repenser leur informatique », conclut-il.