Le monde de l’automobile qui se retrouve au 88e salon de Genève du 6 au 18 mars 2018, aurait toutes les raisons d’être heureux. Les résultats de ses entreprises, dans l’ensemble, ont été bons.

Des ventes record…

Commercialement, en 2017, il s’est vendu plus de véhicules qu’en 2016 (le marché européen à frémi de +3,3% à 15,6 millions de voitures (dont un peu plus de 15 millions pour la seule UE). La plupart des constructeurs européens en ont profité même si le Vieux Continent n’est plus forcément leur premier marché. Le groupe Volkswagen a battu un record mondial de vente dépassant 10,7 millions de véhicules vendus, ce qui lui vaut également un niveau de chiffre d’affaires historique de plus de 230 milliards d’euros. Records commerciaux également pour Renault (3,76 millions de véhicules) et PSA (3,63 millions de véhicules grâce à l’intégration d’Opel, l’ancien record remontait à 2010).

…et des profits historiques

Cette bonne santé commerciale se reflète dans les comptes, avec, là aussi, des profits souvent record. Le groupe Volkswagen, deux ans et demi après le dieselgate, a doublé son bénéfice net à 11,35 milliards d'euros. Pour mémoire, il avait dû inscrire une perte de 1,6 milliard d'euros en 2015. Dans ses comptes de 2017, il est enfin sorti de cette affaire mais il doit encore batailler ferme pour redorer son image. Le dernier épisode du « Monkeygate » qui révélait l’utilisation de singes montre à quel point l’histoire de la tricherie revient facilement sur le devant de la scène.

Renault bat un record de profit et de rentabilité, générant une marge opérationnelle de 6,6% et engrangé 5,2 milliards de bénéfice net (+47,1%). Tout comme PSA, qui malgré les 179 millions d’euros de pertes d'Opel, engrange un bénéfice net record de 1,9 milliard d'euros en 2017 (+11,5%). Sans Opel-Vauxhall, la marge opérationnelle serait de 7,1% au lieu des 6,1% affichés, score pourtant remarquable.
Même Ford va mieux en Europe. Portée par les ventes des utilitaires et une hausse des prix, il a renoué avec les bénéfices sur le Vieux Continent. Il y dégage un bénéfice opérationnel de 234 millions de dollars, contre une perte de 971 millions en 2016.

Les lourds et incertains investissements dans des technologies de rupture

Malgré cette bonne santé retrouvée, l’heure est à la prudence du côté des constructeurs et des équipementiers. A coup de lourds investissements, tous se sont engagés dans de formidables paris technologiques et commerciaux dont ils ne sont pas certains qu’ils seront gagnants : conception et production massive de véhicules électriques, lancement des robots-taxis, diversification dans les multiples formes de mobilité.
La chute du diesel, bien plus rapide que prévue, les contraint à adapter à toute vitesse leur outil industriel pour fabriquer les voitures que les clients demandent, davantage de véhicule à essence et très vite des véhicules électriques.
Mais le report vers les motorisations essence, qui émettent plus de CO2, rend plus difficile le respect des futures normes européennes. Ils doivent pourtant réduire leurs émissions de CO2 à 95 grammes par km en moyenne sur leur gamme d’ici à 2021 (contre 130 g en 2015) sous peine de se voir imposer de lourdes amendes. Le temps presse. La nouvelle mesure des émissions, dite WLTP, touchera les marchés européens à partir de septembre 2018. 

«Il y a beaucoup d’incertitudes sur ce sujet, il faudra sans doute mettre en œuvre des technologies plus coûteuses. » a reconnu Carlos Ghosn.

En effet, cette traque au gramme de CO2 de trop coûte cher. Les prix de revient vont grimper et les marges vont se contracter.

Les aléas de 2018

Le patron de Renault et de l’Alliance ne cache pas qu’il anticipe d’autres risques à venir comme l’augmentation du prix des matières qu’il sera difficile de répercuter rapidement dans les prix de vente, l’augmentation du cours de l’euro, qui va renchérir le prix des véhicules fabriqués dans la zone. Ce qui veut aussi dire que les marges se réduiront d’autant.
De plus, les marchés automobiles pourraient ne plus être au rendez-vous. Ou du moins fléchir. Pour 2018, Carlos Ghosn prévoit un marché mondial en croissance de 2,5%, un marché européen à + 1% et également un marché français à +1% (avec un premier bon premier semestre et un second plus compliqué). La pression sur les prix de vente pourrait augmenter. Au final, ce sont les bénéfices qui pourraient en pâtir.

C’est dans ce contexte qu’ouvre le salon de Genève 2018. Ses organisateurs annoncent 180 exposants présentant 900 modèles avec plus de 110 premières mondiales et européennes. Pour  mémoire, la dernière édition (2017) a attiré 690 000 visiteurs. A comparer au 1,07 million de celui de Paris (2016) et aux 930 000 de celui de Francfort (2015).