L'un s'ouvre, l'autre se ferme. Alors que la Chine s’apprête à abaisser de 25 à 15% ses taxes sur les automobiles importées dans le pays, Donald Trump joue la carte inverse. Il envisage d’imposer une envolée des droits de douane sur les véhicules importés aux Etats-Unis, qui pourraient passer de 2,5% à 25%.

"J'ai demandé au secrétaire au Commerce Wilbur Ross d'envisager d'initier une enquête sous la Section 232 sur les importations de véhicules, y compris les camions et les pièces détachées, pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale américaine", a indiqué le président des Etats-Unis.

Cette annonce est survenue quelques heures après que le président américain a promis sur Twitter "de grandes nouvelles pour nos fabuleux constructeurs automobiles, victimes de décennies de pertes de leurs emplois au profit d'autres pays".
M. Ross a aussitôt lancé cette enquête.

Les importations auraient érodées l'industrie américaine


"Il y a des preuves suggérant que, durant des décennies, les importations depuis l'étranger ont érodé notre industrie automobile nationale", a affirmé Wilbur Ross. Durant les vingt dernières années, les importations de véhicules particuliers sont passées de 32% à 48% du total des véhicules vendus aux Etats-Unis".


L'enquête devra déterminer si le recul du nombre de véhicules et la baisse de la production de pièces détachées aux Etats-Unis menacent d'affaiblir l'économie nationale, notamment en réduisant la recherche développement, les emplois pour les travailleurs qualifiés dans le secteur des véhicules connectés et autonomes et les autres technologies de pointe.

D'après le Wall Street Journal, ces taxes sur les importations de véhicules pourraient être de l’ordre de 25%.

De vives réactions se sont multipliées sur toute la planète automobile.

Une annonce farfelue selon la Commission européenne


Le vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen estime que d'éventuelles taxes américaines sur les automobiles de l'Union européenne, envisagées par Donald Trump, seraient "très difficiles à comprendre".

"Si les Etats-Unis augmentaient unilatéralement les droits de douane sur les voitures, ce serait évidemment contraire aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et il est très difficile d'imaginer que les importations d'automobiles créent la moindre menace à la sécurité nationale" américaine, a-t-il expliqué. C'est très difficile à comprendre".
 

Le groupe Volkswagen, a vivement dénoncé le protectionnisme américain.


"Personne n'a bénéficié sur le long terme d'un protectionnisme unilatéral", a affirmé un porte-parole du groupe. Seul un commerce libre et équitable garantit la prospérité."
 

La fédération des constructeurs automobiles, VDA, a exprimé ses craintes.


"Une augmentation des barrières douanières devrait être évitée", a déclaré son président, Bernhard Mattes. Les constructeurs allemands produisent plus de voitures aux Etats-Unis qu'ils n'en importent d'Allemagne".
 


Le Japon préoccupé


L'annonce de Donald Trump a désagréablement surpris à Tokyo.

"L'industrie automobile est extrêmement importante. Des mesures de restrictions de cette ampleur pourraient grandement perturber le marché, ce serait tout à fait déplorable", a réagi le ministre japonais du Commerce et de l'Industrie, Hiroshige Seko.


Nissan, qui a vendu 1,59 million de véhicules aux Etats-Unis l'an dernier, affirme en avoir fabriqué 930.000 sur le sol américain, ce qui suppose l'importation de plus du tiers de ses ventes locales.

Volvo menace


Volvo Cars a lancé un avertissement implicite à l'administration. Propriété du chinois Geely, le constructeur suédois, dont les Etats-Unis sont le deuxième marché national après la Chine, dit "promouvoir le libre échange et les marchés ouverts" qui "créent de l'emploi, de la richesse et de la croissance économique".

Volvo précise "croire fermement aux avantages d'investir et de contribuer" à la prospérité des pays dans lesquels il réalise ses meilleures ventes et rappelle qu'"il investit et crée des milliers d'emplois en Caroline du Sud".

Volvo Cars doit en effet ouvrir d'ici la fin de l'année dans cet état du sud-est américain une usine d'assemblage pour sa berline S60, d'une capacité de 100.000 véhicules par an destinés à tous ses marchés.

Le site emploiera jusqu'à 2.000 personnes les dix premières années, et jusqu'à 4.000 au-delà. Une étude de l'université de Charleston citée par Volvo Cars estime que 8.000 emplois indirects seront également créés. A bon entendeur....


BMW importe 66% des véhicules qu’il vend aux Etats-Unis


BMW précise quant à lui que 66% de ses véhicules vendus aux Etats-Unis l'an dernier ont été importés, ce qui représente plus de 200.000 véhicules.

Ford, qui a vendu 2,6 millions de véhicules sur le territoire américain en 2017, fait état d'une production de 80% de ses véhicules aux Etats-Unis, les 20% restants provenant pour la plupart des pays partenaires de l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), soit le Canada et le Mexique.

Donald Trump a déjà maintes fois évoqué des taxes punitives pour protéger l'industrie automobile américaine qui viseraient notamment l'Allemagne, dont les excédents commerciaux exaspèrent le président américain.

Les camions et pick-up déjà fortement taxés


Les taxes européennes sur les importations de voitures en provenance des Etats-Unis et des pays hors UE s'élèvent en effet à 10%, quand les droits de douanes américains sur celles en provenance de l'Union européenne ne s'élèvent qu'à 2,5%.

Toutefois, au sein du secteur automobile, les Etats-Unis taxent les importations de camions et de pick-up (camionnettes à plateau) à hauteur de 25% alors que les importations de ces mêmes produits au sein de l'Union européenne sont taxés dans une bien moindre mesure, à 14% en moyenne.