Contrairement au marché des véhicules neufs, rythmé depuis des années par les primes, les bonus et les malus, celui des VO poursuit sa progression en France (+2,5 % à fin septembre) sans réel artifice ni obstacle. Mais les choses pourraient bien changer en 2018.
Nicolas Hulot souhaite généraliser, à partir de l’année prochaine, la prime à la conversion de 500 à 1 000 euros aux véhicules à essence d'avant 1997 ou diesel d'avant 2001 pour l’achat d'un véhicule Crit'Air 0, 1 ou 2. « Elle s’appliquera à l’achat d‘un véhicule neuf mais aussi, et c‘est nouveau et très important, à l‘achat d‘une voiture d‘occasion récente dès lors qu‘elle porte une vignette Crit‘Air 0, 1 ou 2 », a ainsi précisé en septembre le ministre de l’environnement.

Mais le gouvernement pourrait aller encore plus loin en infligeant, cette fois-ci, un malus aux véhicules d’occasion. En effet, selon un amendement au projet de loi de finances 2018, présenté par le député Joël Giraud et adopté en commission, les véhicules d'occasion qui affichent une puissance fiscale supérieure à 10 CV seront redevables d'un malus à partir de l'an prochain.

-Lire l'article Un malus sur les VO de plus de 10 CV

« Un malus arbitraire »


SN Diffusion
La société SN Diffusion vend 5 000 voitures par an, dont 80 % aux particuliers.
« Au catalogue, les véhicules de plus 10 CV représentent en moyenne 20 % de l’offre des constructeurs, mais sur le marché ils pèsent tout juste 5 % des ventes. Dans nos points de vente, c’est même à peine 3 % de nos transactions. De plus, il s’agit de modèles sur lesquels la rotation est plus importante, remarque Jérôme Sirgue, co-dirigeant de la société indépendante SN Diffusion (8 agences multimarques dans le Sud-Ouest). Ces véhicules font déjà l’objet d’un malus en neuf, ils payent une carte grise conséquente et le gouvernement souhaite y ajouter une taxe supplémentaire en occasion, cela fait beaucoup et ce d’autant plus que je la trouve arbitraire, car ces voitures roulent peu et ne sont donc pas plus polluantes. Nous avons des clients qui veulent se faire plaisir en changeant de véhicules tous les deux ou trois ans et au bout d’un moment toutes ces taxes qui s’ajoutent les unes après les autres vont freiner la consommation et plomber le marché. Au final, cette mesure risque de coûter plus cher à l’Etat qu’elle ne va lui rapporter ».

« Un frein pour la vente de VO haut de gamme »


Implantée à Metz et spécialisée dans la vente de véhicules d’occasion haut de gamme, la société P.Mourot commercialise 200 voitures par an, dont 70 % affichent 10 CV ou plus (entre 15 000 et 20 000 € de prix moyen).« Il s’agit principalement de voitures de marque allemande, précise Patrick Mourot, dirigeant de la société. Ce sera frustrant pour certains de nos clients qui veulent se faire plaisir et qui roulent assez peu. On parle de véhicules qui sont déjà soumis à des coûts importants au niveau de l’assurance et de la carte grise, par conséquent une telle taxe pourrait constituer un frein à la vente de VO haut de gamme. Si elle venait à être mise en place, nous estimons que nous pourrions perdre entre 20 et 30 % de nos ventes ».

« J’ai de gros doutes sur l’impact écologique de cette taxe,
juge David Rairolle, directeur des activités VPN. En gros, ils font comme pour le VN : ils annoncent des aides et primes à la casse pour les gens qui ont de faibles revenus, et ils vont les financer en faisant payer ceux qui ont des automobiles de plus de 10 CV ».