Nous reprenons le fil de la lecture initiée hier de « #Partage ta bagnole ! », le dernier livre de Jean-Claude Puerto-Salavert, à paraître début avril aux éditions Exils (10 euros).

Dans un exercice de prospective, le dirigeant d’Ucar envisage ce que sera, et ce que doit être, question de survie, l’automobile en 2030. A ses yeux, pour garder son droit de cité(s), elle doit se révéler vertueuse au niveau environnemental, mais demeurer accessible au plus grand nombre. Pour concilier voitures neuves ou très récentes et accès populaire garanti aux mobilités, la voiture doit être partagée. Pas nécessairement à une échelle de plateformes mondiales et industrielles, comme il l’esquisse dans les lignes qui suivent, faisant éclore au passage le métier de « community car manager ».





Chapitre 2. La cité idéale.

"Je m’imagine moi-même assez fier de mon club. Ce n’est ni un très grand club, ni un club huppé. Nous sommes seulement 400 à partager nos 200 voitures, mais ce n’est pas grave puisque ce club est affilié à un réseau international. J’y trouve toujours la voiture de mon choix où que j’aille dans le monde. Des petites, des grosses. Des belles, des laides. J’ai choisi un club de quartier pour savoir à qui j’allais confier ma voiture et surtout pour l’ambiance. En fait, ce qui m’a décidé, c’est Max, le car manager attaché à ce club. Il est super serviable. Tout est géré au cordeau, et même en cas de panne ou d’accident, il a toujours la solution avant même que le problème ne survienne. Et pourtant il ne s’en laisse pas compter. Un jour, mon Audi est revenue avec un léger choc sous la porte. Difficile de s’en rendre compte. Mais j’ai l’œil expérimenté. L’utilisateur précédent n’avait rien dit, ce qui n’est pas dans l’esprit du club, pas du tout. Max a pris les choses en main gentiment, comme à son habitude, mais fermement. Quinze jours après, le petit incident était réparé sans que cela me coûte un centime. Tricher ne sert à rien. Les 100 000 car managers, se repassent les noms des exclus de leur club et c’est compliqué de s’affilier à un bon club avec une mauvaise réputation.

Max a deux jeunes assistants qui apprennent le métier. Ils sont en 2030 plus de 500 000 en France à se consacrer directement au partage dans l’automobile. Ce sont, si l’on veut, les concierges du Grand Hôtel, doublés du shérif du comté. Max était directeur d’une agence bancaire avant de se reconvertir. Dans la banque, il avait perdu toute autonomie. Il est loin le temps où il prenait la décision d’accorder ou non un crédit. Dans son nouveau job, c’est le contraire : il est le pivot de la communauté vrombissante. À la fois autorité morale et excellent technicien.

Parmi les car managers, certains sont super stylés, d’autres plus populaires. Parfois, ce sont des amoureux d’une marque. Dans ce cas le club est « monogame », souvent affilié au réseau du constructeur. Toutes les voitures de la gamme, toutes les puissances, toutes les couleurs. Les car managers ont un rôle clair : faire respecter les règles du club et s’assurer que les adhérents sont satisfaits en toutes circonstances. Ils s’appuient sur des technologies très élaborées mais ce sont eux, les car managers, qui donnent du sens à ces communautés. Ils replacent l’humain au centre des priorités.

Tous les clubs ne sont pas organisés de la même manière, mais, en général, il y a un permanent, comme Max, qui s’appuie sur des bénévoles qui forment le gouvernement de la communauté. En 2030, il semble normal à chacun de prendre part à la vie de la collectivité. Le consommateur passif simple payeur a quasiment disparu. Il est bien loin le temps où on faisait la queue au supermarché sans véritablement savoir ce qu’on achetait. Regroupés en communautés dans tous les domaines, les consommateurs deviennent des acteurs très influents de la chaîne de production. Max réunit quatre fois par an son comité. Il est constitué de douze membres bénévoles qui donnent un peu de leur temps, une heure par mois environ, pour l’aider à faire respecter les règles de l’organisation. Chaque année, ces douze membres changent par tiers. Ils prennent très à cœur leur rôle. Chacun des bénévoles comprend très vite que l’ambiance de la communauté et même sa survie dépendent de ses décisions.

Si l’on est trop laxiste, c’est l’équilibre économique qui est en péril. Les incidents et les accidents se multiplient. Les primes d’assurance du regroupement augmentent... Car la société du partage n’est pas une société de Bisounours, c’est une société bien gérée."


To be continued!
Retrouvez dès demain un nouvel extrait du livre de Jean-Claude Puerto-Salavert, "#Partage ta bagnole !", à paraître aux éditions Exils.