Nous reprenons le fil de la lecture initiée en début de semaine de « #Partage ta bagnole ! », le dernier livre de Jean-Claude Puerto-Salavert, à paraître début avril aux éditions Exils (10 euros). Dans un exercice de prospective, le dirigeant d’Ucar envisage ce que sera, et ce que doit être, question de survie, l’automobile en 2030. A ses yeux, pour garder son droit de cité(s), elle doit se révéler vertueuse au niveau environnemental, mais demeurer accessible au plus grand nombre. Pour concilier voitures neuves ou très récentes et accès populaire garanti aux mobilités, la voiture doit être partagée. Mais pour Jean-Claude Puerto-Salavert, mieux vaut ne pas se livrer entièrement aux giga-plateformes mondiales (comprenez les GAFA), peu soucieuses de solidarité et d’égalité. Il promeut la solution intermédiaire d’autopartage communautaire, gérée par un « car manager ».

Hier, vous faisiez la connaissance de Max qui s’assure de l’efficacité du service d’autopartage, mais veille aussi au respect des règles car « l’économie du partage n’est pas une société de Bisounours, c’est une société bien gérée ». Voyons désormais comment cela pourrait se passer, avec en toile de fond, une réflexion sur les droits et les devoirs du citoyen.


Chapitre 2. La cité idéale.
Citoyen et consommateur...
En 2030, l’automobiliste a repris le contrôle de son véhicule.


"Chaque communauté sélectionne ses adhérents. Ce monde-là n’est pas celui de la démission collective, mais bien celui de la responsabilité individuelle. Pour que son adhésion soit acceptée, le « gentil membre » ne doit pas être plombé par une cascade d’accrochages et d’accidents. Pas question d’inscrire les accros de la rayure, les toxicos de l’égratignure et les allergiques à toute propreté. Autant d’incivilités individuelles qui renchérissent le coût collectif et pénalisent chaque membre. Or, les clubs sont soucieux d’offrir des tarifs raisonnables à leurs adhérents.

Ni rejet humiliant, ni laxisme inconséquent. La cité idéale ne laisse pas tomber les exclus, sans les absoudre pour autant. Souvent plus inconscient que méchant, le mauvais conducteur est pris en charge dans des stages organisés au sein de la communauté, comme cela se pratiquait déjà dans les automobile clubs qui fonctionnent sur la confiance entre les membres. Le refus du club de location d’intégrer momentanément le conducteur indiscipliné ne fait pas de ce dernier un paria. Personne n’est exclu du monde de l’auto. Simplement certains sont incités à retrouver leurs marques. À l’image du collège, où l’élève médiocre bénéficie de cours de soutien.
Dans le monde ancien, lorsqu’un propriétaire revendait sa voiture usagée à moitié détruite, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Dans l’économie du partage, la responsabilité est collective. Les clubs ont résolu cette difficile équation entre le respect des règles et la bienveillance qui préserve l’harmonie du groupe.

Dans un contexte de proximité, les mauvais coucheurs sont rapidement détectés. Ils comprennent vite qu’ils vont devoir changer de comportement. Une partie d’entre eux le fait. Les autres s’en vont. Comme on touche directement les adhérents au portefeuille, la responsabilité n’est plus diluée dans de vastes mutualisations impersonnelles. Le contrôle est exercé par les payeurs eux-mêmes. Aussi font-ils appliquer les règles avec beaucoup de fermeté. Il a fallu apprendre à reconnaître juridiquement la personnalité morale que constitue le club. Dix ans plus tôt, le particulier ou l’entreprise s’assuraient sans problème. Pas une communauté de partage automobile. En 2030, chaque club peut s’assurer lui-même.

Dans mon rêve, j’ai l’impression de vivre de l’intérieur la « révolte des braves gens ». Comme s’ils réussissaient à se libérer des systèmes bureaucratiques tellement favorables aux paresseux et aux voyous. En faisant respecter les règles, non seulement, ils préservent leurs intérêts, mais en plus, ils retrouvent leur dignité.
Durant ces années, on a assisté à une incroyable prise de conscience. Le sentiment d’impuissance ressenti dans le passé par les citoyens s’est transformé en rage de reprendre le contrôle. De retourner à une vie harmonieuse. Une forme de génie populaire a compris qu’avec la révolution numérique, une fenêtre de tir s’ouvrait. Chaque citoyen possède un pouvoir démultiplié par la magie de la technologie. À condition de l’exercer...
Après avoir été le chantre de la liberté individuelle au vingtième siècle, la bagnole était devenue le champion de la liberté dans le partage."


To be continued!
Demain, retrouvez un dernier extrait du livre de Jean-Claude Puerto-Salavert, "#Partage ta bagnole !", à paraître aux éditions Exils.