Nous sommes en Août 2013. Manuel Valls est alors ministre de l'Intérieur avec, dans son portefeuille de responsabilités, celle de la sécurité routière. Animé par une réelle volonté de ramener la France au niveau des meilleurs pays européens de sécurité routière, il avance l'idée (soufflée à l'oreille du Ministre par une mauvaise langue) d'un abaissement généralisé de la limitation de vitesse en France. Sans pour autant vouloir imposer cette idée, il souhaite en tous les cas ouvrir le débat.
Soyons francs et honnêtes. A cet instant précis, notre association « 40 millions d'automobilistes » n'était pas préparée à faire face à ce débat. Un seul élément nous paraissait évident ! Les Français n'y étaient absolument pas favorables. Un premier sondage réalisé par Radio Alouette sur ce sujet montrait que 75 % des Français étaient fermement opposés à cet abaissement. Puis, nous nous sommes organisés. Et à force de recherches et de travail, nous avons pu mettre un argumentaire en place. Il est bien évident que s'il avait été impossible de mettre en doute les affirmations de nos opposants, nous aurions dû nous rendre à l'évidence de la vérité de nos opposants. Mais il n'en fut rien.

Nous sommes dans un premier temps partis en Angleterre réaliser un film projeté à l'Assemblée nationale L'Angleterre, la fin de la guerre contre les automobilistes. Nous avons alors pu démontrer qu'avec une limitation de vitesse supérieure à la nôtre (97 km/h en Angleterre), les Anglais observent beaucoup moins d'accidents que sur nos routes. Reçus au Parlement britannique, par des élus et par les principales associations d'automobilistes et de victimes de la route, nous avons décrypté ce modèle britannique plus pragmatique qu'en France. Puis, nous avons observé le modèle allemand avec sa limitation à 100 km/h sur le réseau secondaire. Avec 10 km/h de plus, les routes allemandes font état de 20 % d'accidents en moins. Et puis il y eu le Danemark !

Connu pour figurer parmi les meilleurs « élèves » de sécurité routière, ce pays présentait une limitation de vitesse de 80 km/h sur ses routes. Ce fut certainement un des exemples cités par les partisans du « toujours plus lent » pour convaincre les ministres du bienfondé de la mesure. Malheureusement pour eux, sans doute ignoraient-ils (par manque de travail ou par mauvaise foi ?) que le Danemark expérimente depuis 3 ans la hausse de la limitation de vitesse sur ses routes ! Oui, la hausse ! Avec pour effet une réduction du nombre d'accidents mortels !!!
Portés à la connaissance des ministres de l'Intérieur consécutifs, Manuel Valls, puis à présent Bernard Cazeneuve, ont souhaité faire preuve de pragmatisme et entendre à la fois les arguments avancés ainsi que le mécontentement grandissant des Français.

C'est dans ce contexte que l'expérimentation sur 81 km de routes en France sera lancée dans les semaines à venir. Lorsque l'on sait que la France compte un maillage de 1 million de kilomètres de routes, nul doute que cette expérimentation sonne aussi le glas pour cette mesure à juste titre impopulaire. Quoiqu'il arrive, les résultats n'y seront pas probants. Pour les fanatiques du 80 km/h, il s'agit d'un revers sans précédent qu'ils essaient d'attribuer au Ministre, fustigeant sa politique de sécurité routière dans sa globalité, essayant d'obtenir par l'attaque politique une mesure qui n'aurait aucun impact sur la réduction de la mortalité routière.
Rappelons aussi que cette expérimentation de deux ans rendra ses conclusions en pleine élection présidentielle. Compte tenu du rejet massif de la population pour cette mesure, elle sera à coup sûr enterrée ! Et tant mieux, compte tenu de son ineptie !
Bernard Cazeneuve, comme les 40 millions d'automobilistes sur les routes, n'a qu'un seul objectif : améliorer la sécurité routière. Mais il a bien compris aussi qu'il n'existe pas de mesure miracle pour réduire le risque routier à 0. Pour cela, il faudra agir sur les comportements, mettre l'accent sur la pédagogie, activer la répression sur ceux qui ont décidé de faire fi de toutes les règles, comprendre que sans lutte contre l'alcoolémie au volant responsable d'un tiers des accidents mortels, on ne gagnera pas le combat de la sécurité routière. Il faudra anticiper les prochains fléaux de sécurité routière, admettre que la drogue est coupable dans 20% des accidents mortels de la route. C'est aujourd'hui le sens de la politique engagée par Bernard Cazeneuve qui avance avec pragmatisme, avec une conviction que nous partageons tous. Il est possible de faire de la sécurité routière AVEC les automobilistes et pas CONTRE eux. Il est possible de réduire encore le nombre d'accidents. A nous, automobilistes responsables, de rendre au Ministre la confiance qu'il nous donne en refusant l'abaissement de la limitation de vitesse.
Une association indépendante telle que « 40 millions d'automobilistes » doit être en droit de critiquer, de dénoncer, mais lorsqu'il faut saluer et remercier, il ne faut pas hésiter. Monsieur Cazeneuve, merci !