« Je suis un vrai ch’ti. C’est peut-être un peu cliché, mais les valeurs du Nord ont forgé mon parcours. Je rajouterais même : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » La devise est convenue, mais elle illustre la première vie de Franck Millet. Se rêvant en militaire de carrière, ce natif de Cambrai s’engage à 20 ans. Le rêve prend vite fin. Il se blesse gravement au point de ne plus pouvoir faire d’activités physiques. Alors qu’il est en rééducation et « sans rien », l’armée lui propose une formation.


« Là, c’est le choc »


En 1989, il est sélectionné par la première école après-vente de Renault. « Ma passion, l’auto, m’a conduit chez ce constructeur et j’y suis resté douze ans. Au début, je visitais jusqu’à dix garages par jour. » Il est remarqué par sa hiérarchie, qui lui propose de passer chef d’équipe et, en 1996, de suivre un DUT commerce. S’enchaînent alors travail, cours du soir et vie de famille (il est marié et père de deux enfants). « Je ne savais pas où j’allais, mais tout le monde m’encourageait. » Il s’engage pour deux ans dans un autre programme, Sup de Co à Paris, et prend goût au marketing. Mais après des guerres de clochers, trimballé de service en service, il décide de jeter l’éponge.

Suite à une alléchante annonce, Franck Millet se retrouve en 2001 directeur des centres-autos Roady (groupement des Mousquetaires). Il déménage à Paris avec femme et enfants. « Là, c’est un choc. Le monde de la grande distribution est à l’opposé de celui de l’automobile. J’ai découvert la gestion d’un réseau d’indépendants avec ses hauts et ses bas, comme la gouvernance.» En deux ans, il voit passer plus de cinq présidents et autant de stratégies. Là aussi, il dit stop.


« Pas très fair-play »


Mais Franck Millet gardera un très bon souvenir de cette expérience grâce à la qualité des personnes rencontrées, dont certaines se révéleront prépondérantes. Ainsi, c’est un de ses fournisseurs de pièces, le groupe belge Doyen Auto, qui lui a proposé de créer une filiale en France. Un entrepôt a vu le jour à Toulouse sous son impulsion, puis en 2006, l’actionnaire, souhaitant vaquer à d’autres occupations, lui a confié la direction du groupe (400 personnes, 11 sites, 3 pays à l’époque). « Il m’a donné les rênes. Et c’est là que le Nord a eu toute son importance. Je me suis retrouvé en Belgique du jour au lendemain, mais grâce aux valeurs du travail et à la proximité culturelle, je me suis senti bien avec les équipes et les partenaires. L’actionnaire avait des moyens et des ambitions pour le groupe, je les ai saisis et nous avons avancé. »

Neuf ans vont s’écouler. À leur terme, Autodistribution rachète Doyen. Cette fois, Franck Millet ne décidera pas de son destin, on le fera pour lui. « Ils ont préféré se séparer de moi, dans des conditions pas très fair-play en plus. J’ai développé ce groupe à la sueur de mon front et de savoir que tout allait être dépecé me fendait le cœur. J’ai été jeté comme un vulgaire Kleenex. »


« Le bout du tunnel »


Franck Millet pense alors que sa vie s’arrête à 48 ans, mais il faut faire « bouillir la marmite et vite se reprendre en main ». Alors que sa famille lui a longtemps reproché de trop travailler, elle devient un relais important et une source de motivation. Finis les grands groupes, le voilà parti à la conquête de la distribution via la création d’un concept innovant dans la vente de pièces automobiles neuves, Otop (via Newdis France, dont il est PDG), qui tire son originalité d’être à la fois une plateforme Web et un réseau physique. « Mes trois associés et moi avons pris énormément de risques, mais la machine est lancée. Nous sommes soulagés. » Un sacrifice pour pouvoir mieux rebondir. « Toutes mes expériences ont été utiles. Je suis finalement moi-même et j’obtiens enfin le bénéfice de mes investissements, des valeurs que je véhicule et des gens que j’ai rencontrés. Je vois le bout du tunnel. Je vais pouvoir presque vivre d’amour et d’eau fraîche ! »