Les salariés de GM Korea et la classe politique coréenne au pouvoir respirent. La filiale déficitaire sud-coréenne de General Motors, a renoncé à se déclarer en dépôt de bilan. Les salariés y mettront le prix : un accord salarial de dernière minute qui prévoit un gel des salaires de base et une réduction de certains avantages.

Grâce à cet accord, le conseil d’administration de GM Korea a renoncé à solliciter un vote pour un placement sous administration judiciaire.

Un retrait total de GM retardé?


General Motors avait dévoilé en février 2018 un important plan de restructuration de sa filiale coréenne GM Korea, qui prévoyait notamment la fermeture de l’une de ses quatre usines dans le pays et un plan de départs volontaires de 2.600 salariés.

Le constructeur américain réclamait des concessions salariales aux syndicats ainsi que le soutien financier de Séoul pour sauver trois usines dans le pays.

“Grâce au dernier accord, GM Korea sera une entreprise industrielle compétitive”, a déclaré Kaher Kazem, directeur général de GM Korea.


Le chinois SAIC en arrière plan


L’accord permettra à la Korea Development Bank (KDB) d’apporter son soutien financier et à GM d’allouer à ses usines sud-coréennes de nouveaux modèles afin d’aider leur redressement.

La KDB est le deuxième plus important actionnaire de GM Korea avec une participation de 17%. Le constructeur automobile américain détient 77% de sa filiale et son principal partenaire chinois, SAIC Motor les 6% restants. Ce dernier a apporté à General Motors de l'argent frais pour lui permettre de requinquer sa filiale.

Le gouvernement a intensifié la pression sur GM et les syndicats pour parvenir à un accord, affirmant que sans un accord rapide, quelque 150.000 emplois chez le constructeur automobile et ses fournisseurs seraient menacés.

Les négociations ne sont pas finies


GM Korea doit encore négocier avec la KDB sur les modalités de son soutien financier, tout en essayant d’obtenir des avantages fiscaux et autres mesures du ministère de l’industrie.

La banque a déclaré à Reuters la semaine dernière qu’elle était disposée à signer d’ici le 27 avril un accord préliminaire en vue d’un soutien financier à GM Korea si le résultat de l’examen des comptes qu’elle a ordonné était probant.

Les énormes concessions des salariés


Le syndicat a accepté la demande de GM Korea d’un gel du salaire de base, de l’abandon des primes pour cette année et d’une réduction des autres avantages.

Les futures revalorisations “dépendront du retour à la rentabilité de l’entreprise” et les augmentations ne pourront pas dépasser l’inflation.

En ce qui concerne l’épinseuse question des 680 salariés travaillant à l’usine de Gunsan, dont la fermeture est prévue en mai, l’entreprise s’engage à “mettre en oeuvre des options comprenant un programme de départ volontaire et des transferts” vers d’autres sites pour éviter des licenciements secs.

Le repli mondial de GM


Au cours des trois dernières années, GM a cherché à se concentrer sur des marchés rentables, principalement la Chine et les Etats-Unis et sur les véhicules électriques et autonomes.

GM Korea, qui était au centre de la stratégie asiatique du constructeur américain, produit plus d’un million de voitures, totalement ou partiellement assemblées, à destination des Etats-Unis, de l’Europe et des pays émergents. La filiale a accusé une perte nette de 1,1 milliard de dollars (899 millions d’euros) en 2017 pour sa quatrième année consécutive dans le rouge.

La Corée du Sud est également un centre d’ingénierie pour les petits véhicules et les voitures électriques de GM et une bonne partie de ses fournisseurs s’y trouvent.

L'exemple du désengagement de General Motors de l'Europe d'Opel qui n'avait pu être redressé malgré de multiples plans et qui s'est fait avec plusieurs années de valses hésitations, doit rester dans tous les esprits. GM Korea n'est pas définitivement sauvé.