Après deux jours de rumeurs, le conseil de surveillance du groupe Volkswagen, réuni au siège de Wolfsburg, a remplacé, avec effet immédiat, l'actuel patron Matthias Müller, par Herbert Diess, 59 ans, qui présidait depuis près de trois ans la marque Volkswagen.

Par ailleurs, le groupe a repenser son organisation autour de centres de profit, constitués par des groupes de marques. Il s'agira d'entités rassemblant les "véhicules à volume", le "premium" et "les super Premium", ainsi que la préparation de Truck & Bus pour le marché des capitaux.

Le groupe a ainsi ouvre la voie à un leadership davantage axé sur les filiales. Le rôle des présidents de directoire chargés des groupes de marques sera renforcé au sein de la direction du groupe.

Les multiples casquettes d'Herbert Diess


Suite à cette réorganisation, Herbert Diess sera en charge du service Recherche et Développement, Rupert Stadler des Ventes et Oliver Blume de la production.

D’autres fonctions du groupe seront attribuées selon le même principe. En raison de l’importance particulière de la connectivité des véhicules, le service Informatique des véhicules sera dirigé par Herbert Diess lui-même, tandis que l’Informatique d’entreprise sera placée sous la direction de Frank Witter. Les services Approvisionnement et Composants seront regroupés en une seule et même unité.

Le conseil de surveillance a également annoncé la nomination au directoire de l'actuel porte-parole du comité d'entreprise, Gunnar Kilian, qui va devenir le responsable des ressources humaines en remplacement de Karlheinz Blessing.

Le PDG de sa filiale Porsche, Oliver Blume, va également rejoindre le directoire du groupe Volkswagen.

Herbert Diess, un patron "cost killer"



En redressant la rentabilité de la division phare du groupe, Herbert Diess "a démontré avec quelle vitesse et quelle rigueur" il pouvait "mettre en oeuvre des transformations radicales", a loué Hans-Dieter Pötsch, le président du conseil de surveillance, tout en remerciant Matthias Müller d'avoir "conduit le groupe sans encombre" face "au plus grand défi de son histoire".

"Dans une période de profond bouleversement", Volkswagen devra accélérer dans l'électromobilité, la numérisation de l'automobile et les nouveaux services de mobilité", a de son côté promis M. Diess. Il pourra s'appuyer sur la réorganisation du groupe et n'est pas remplacé à la tête de la marque Volkswagen.



Un gestionnaire de coût qui a mis les syndicats sous pression


Si le nouveau patron Herbert Diess est lui aussi la cible d'une des nombreuses procédures en cours, son arrivée tardive chez Volkswagen le rend moins vulnérable aux épisodes judiciaires, s'accordent les observateurs.

"Une évolution dans une autre direction est positive", a estimé Jürgen Pieper, qualifiant Herbert Diess de "très bon gestionnaire des coûts", qui apparaît à ses yeux comme "la meilleure solution pour la succession, au moins pour les prochaines cinq années".


Herbert Diess est réputé pour être particulièrement dur en négociation, notamment avec les syndicats qui souligne son attitude de cost-killer, parfois sans état d'âme.

Plus puissant que Martin Winterkorn


M. Diess, qui bénéficie du soutien des actionnaires principaux, les familles héritières Porsche-Piëch, devient à la fois chef de la marque et du groupe Volkswagen et chef de la recherche et développement, soit un périmètre encore plus large que celui du "super-patron" qu'était Martin Winterkorn, balayé en 2015.

Herbert. Diess a été appelé en 2015 par ces deux familles pour redresser la marque Volkswagen. Il peut se targuer d'avoir doublé en deux ans la rentabilité de la marque, redressant du même coup les comptes du groupe: le constructeur a renoué l'an dernier avec des profits record, faisant plus que doubler son bénéfice net à 11,35 milliards d'euros.

Un nouveau patron des ressources humaines pour mettre de l'huile dans les rouages



Au-delà du président, le conseil de surveillance a entériné le remplacement du responsable des ressources humaines, Karlheinz Blessing, par l'actuel porte-parole du comité d'entreprise, Gunnar Kilian. Cette nomination est interprétée comme une concession aux syndicats, dont la relation avec M. Diess a été émaillée de conflits.

Mais malgré les airs de renouveau et la volonté affichée d'accélérer l'électrification en partie lancée par Herbert Diess, Volkswagen doit encore clarifier sa voie, entre déclin du diesel, pourtant stratégique pour l'industrie automobile allemande, et essor des mobilités électriques et autonomes.

Sur les modèles haut de gamme électriques en particulier, les constructeurs allemands peinent pour l'instant à rattraper la concurrence, notamment de Tesla.