Jeudi 6 juillet 2017 : le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a présenté un Plan climat autour de 6 grands thèmes et 23 axes. Parmi les mesures annoncées, l’élément qui a fait le plus grand bruit c’est bien sûr la fin de la vente de voitures à essence et au gazole en 2040. Cet objectif, le ministre de la Transition écologique et solidaire l’a qualifié de « véritable révolution ». Il est intéressant de noter que cette annonce spectaculaire n’a pas suscité beaucoup de réactions du côté des constructeurs. Ce n’est pas étonnant : pourquoi s’en prendre à des annonces très politiquement correctes dont l’entrée en vigueur est si lointaine ?

Je passe vite sur une ambiguïté liée à cette annonce : en 2040, les véhicules hybrides seront-ils autorisés ? Si oui, l’annonce de M. Hulot est pratiquement un non-événement. En effet, il est pratiquement acquis que d’ici quelques années, tous les véhicules ou presque, seront électrifiés, c’est à dire équipés d’éléments d’hybridation. Ces derniers pourront varier de la technologie la plus simple à la plus sophistiquée mais les voitures seront des hybrides.

Si, par contre, l’annonce de M. Hulot consiste à dire que seules les voitures 100% électriques seront autorisées en 2040, alors de nombreuses questions se posent.

D’abord, faire une telle annonce implique que, dès aujourd’hui, nous savons quelle sera la technologie la plus performante d’un point de vue économique et écologique dans 23 ans. A la vitesse où vont les progrès technologiques, c’est assez audacieux de penser que le 100% électrique sera la meilleure des motorisations en 2040. Le moteur thermique n’a pas dit son dernier mot, loin de là.

Ensuite, si nous vendons plus de 2 millions de voitures électriques par an dès 2040, il faudra répondre à l’augmentation de la consommation électrique qui en découlera. Une étude de France Stratégie publiée en décembre 2016 indique qu’un parc automobile 100% électrique nécessiterait une puissance supplémentaire de 90 GW soit un doublement de la demande actuelle en heure de pointe. C’est tout simplement impossible surtout si on décide de réduire la part du nucléaire dans la production électrique.

Par ailleurs, se pose également la question du lithium. Il faudra aussi extraire toujours plus de lithium surtout si d’autres pays suivent le même chemin que la France. Moins d’extraction de pétrole mais plus d’extraction de lithium, surtout en Amérique du Sud. L’occasion de rappeler que si le bilan environnemental est très favorable à la voiture électrique pendant l’usage, elle n’en reste pas moins une voiture polluante. Il faut bien produire l’électricité (au charbon dans de nombreux pays) et produire les batteries.

Il faudra aussi prévoir des dizaines de millions de bornes de recharges. En clair, il en faudra une sur toutes les places de parking. L’étude de France Stratégie évoquée précédemment estime le nombre de bornes recharges nécessaires à 30 millions plus 1 million pour les recharges rapides pour un coût total compris entre 25 et 35 milliards d’euros. Qui va payer ? Pas de réponse sur ce point pourtant crucial. Compte tenu de l’état de nos finances publiques, la question de savoir si l’Etat a les moyens de ses ambitions se pose.

Et puis, même si la France décide de n’autoriser que la vente des voitures 100% électriques à partir de 2040, cela ne changera rien pour les constructeurs. Est-ce utile de rappeler que les principaux constructeurs automobiles vendent des voitures dans le monde entier ? De ce fait, même si la France et le Royaume-Uni font un choix radical, les constructeurs continueront à fabriquer des voitures thermiques pour les autres marchés et avant qu’un pays comme les Etats-Unis passe au 100% électrique, il va s’en passer du temps…

Le dernier point que je souhaite aborder concerne les politiques publiques conduites en France concernant l’automobile qui génèrent, régulièrement, de grandes annonces spectaculaires.

En 2007, notre pays engageait le Grenelle de l’environnement. Cet événement important rassemblait les pouvoirs publics et les associations environnementales. L’une des principales mesures prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement fut la création d’un bonus-malus écologique ayant pour ambition d’inciter les Français à acheter les voitures les moins émettrices de CO2 pour lutter contre le réchauffement climatique. Or, comme chacun le sait, ce sont les voitures diesels qui émettent le moins de CO2 car moins consommatrices de carburant. En clair, à partir de 2008, les pouvoirs publics incitent financièrement les Français à acheter des véhicules diesel pour protéger la planète du réchauffement climatique. Ils incitent par la même occasion les constructeurs à investir dans cette technologie. Notons que le système a très bien fonctionné puisqu’en 2012, les ventes de diesel représentaient pratiquement 75% des volumes. Seulement 10 ans plus tard, l’Etat fait machine arrière en programmant l’interdiction pure et simple des véhicules diesel (et essence).

Avec de tels revirements en si peu de temps, on comprend parfaitement la prudence des constructeurs qui savent pertinemment que les annonces de l’actuel ministre de la Transition écologique ont largement le temps d’être complètement remises en cause d’ici 2040.