Li Shufu, le patron fondateur de Geely multiplie les offensives ne craignant pas de brusquer l'univers automobile.
Voilà encore un coup de maître pour Li Shufu (54 ans), le fondateur du groupe industriel Geely.

Ce milliardaire vient d'arriver en puissance, via Geely, au capital de Daimler (Mercedes-Benz et Smart) qui collabore depuis deux décennies, avec un partenaire chinois BAIC.

Geely est en effet monté à hauteur de 9,69% au capital du groupe allemand, supplantant un fonds public koweïti jusque là détenteur de 6,8% des parts de Daimler et les 3,1% détenus par Renault-Nissan.



L'industriel chinois avait déjà racheté en 2010 le suédois Volvo Cars puis était devenu en décembre 2017 le premier actionnaire d'AB Volvo, numéro deux mondial des poids lourds. Il avait également mis la main sur Lotus (Royaume-Uni) et Proton (Malaisie).

Cette prise de participation de Geely dans Daimler provoque de multiples réactions en chaîne.

Eviction du DG de Volvo du conseil d'administration de l'entreprise


C'est ainsi que AB Volvo a renoncé à garder Hakan Samuelsson, le directeur général de Volvo Cars, au sein de son conseil d‘administration.

“La raison pour laquelle la ré-élection d‘Hakan Samuelsson n‘est pas proposée est l‘annonce suivant laquelle le groupe Geely est devenu le principal actionnaire du constructeur automobile allemand Daimler, l‘un des principaux concurrents du groupe Volvo”, explique le conseil d‘administration.

Inquiétude de politiques allemands


Est-ce dangereux pour l'indépendance stratégique du constructeur...et de l'Allemagne? Le monde politique d'outre-Rhin s'interroge.


La ministre allemande de l’Économie a estimé que l'entrée dans le capital de Daimler d'un milliardaire chinois pouvait "poser des problèmes", dans un contexte de défiance à l'égard des ambitions chinoises en Europe.

"Nous devons rester particulièrement attentifs (...). Si une entreprise concurrente devait rentrer au conseil de surveillance de Daimler, cela pourrait poser problème", a réagi la sociale-démocrate Brigitte Zypries dans un entretien au journal Stuttgart Zeitung, exigeant des explications.


En France, l'entrée de Dongfeng au capital de PSA (12,7%), n'a à ce jour pas poser de problèmes alors que le constructeur français était alors en position de faiblesse, ce qui n'est pas le cas de Daimler. Mais il est vrai que l'Etat français était alors aussi monté au capital de PSA à même hauteur.

Les multiples cartes chinoises de Daimler


La valorisation des titres Daimler détenus par Geely atteint environ 7,2 milliards d'euros.

Il ne s'agit pas d'une prédation d'un conquérant sur une proie en position de faiblesse. En effet, cette prise de participation intervient alors que le groupe allemand affiche une excellente santé financière, avec un bénéfice en hausse de 24% en 2017.

D'ailleurs Daimler mène sa propre stratégie en Chine où il s'appuie sur un autre chinois BAIC Motors (dont il détient 12%) et avec lequel il a monté une joint-venture, Beijing Benz (dont il détient 49%), qui s'apprête à fabriquer des Mercedes électriques.

Dans ce domaine, Daimler s'est aussi associé à un autre constructeur chinois, BYD, spécialiste chinois de la voiture électrique, avec lequel il produit des véhicules propres dans le cadre de leur coentreprise Denza, sous la marque Denza.

Il n'hésite pas non plus à s'allier à des partenaires chinois en Europe, c'est ainsi qu'il a confié des entités de distribution en Allemagne et au Royaume-Uni, au groupe Lei Shing Hong, dont il a pris 15% du capital.