Proposer aux automobilistes en quelques clics une offre de reprise sèche alléchante, sans aucune autre obligation : une promesse dans laquelle de nombreux acteurs du web se sont engouffrés, avant que des opérateurs plus anciens de la distribution automobile, ou même des mandataires, ne leur emboîtent le pas.

Attirer le chaland en concession

Qu’ils s’appellent AutoPink, Auto1 ou Autobiz, Renault Retail Group ou PSA Retail, ou encore AramisAuto, leur technique est bien rodée : l’internaute est d’abord invité à renseigner l’identité de son véhicule, qualifier son état puis à laisser ses coordonnées complètes, avant de se voir communiquer un montant indicatif de rachat ainsi qu’un rendez-vous physique dans un point de reprise. Lors de ce rendez-vous, un acheteur examine alors le véhicule et établit une nouvelle estimation définitive, en fonction notamment de son état « réel » et de l’estimation des frais de remise en état qui en découle. Une seconde proposition forcément plus basse que la première. Le particulier n’a alors plus qu’à rebrousser chemin ou à accepter le prix qui lui est finalement proposé. Ce qui est souvent le cas, notamment lorsque l’automobiliste a parcouru plusieurs dizaines de kilomètres et s’est organisé avec ses proches pour se rendre sur place et repartir sans son véhicule.

Pour les acheteurs, en particulier lorsqu’il s’agit de concessionnaires, l’intérêt du dispositif est triple : leur assurer un approvisionnement de VO à petits prix, optimiser leur référencement naturel et leur présence sur Internet, et surtout, attirer dans leurs showrooms des prospects en phase d’achat automobile.

Une estimation sans référence à la Cote Argus®

Qu’il s’agisse de la proposition en ligne ou de celle en présence du véhicule, ces offres ne sont généralement pas fondées sur la Cote Argus Personnalisée® du véhicule minorée des frais de remise en état et des éventuels frais professionnels, à contre-courant de la pratique majoritaire dans la profession. Tout en maintenant délibérément l’ambigüité avec la « vraie » Cote Argus dans leur communication et leur achat de mots-clés sur Internet, ces acteurs de la reprise utilisent d’autres valeurs de référence. Au bénéfice du particulier ? La question peut se poser.

Pour en avoir le cœur net, l’Argus a mené une étude anonyme auprès des principales plateformes en ligne. Trois véhicules ont été soumis à offre de reprise : une Peugeot 207 1.4 essence Trendy de janvier 2009 avec 73 000 km au compteur, une Seat Leon 1,2 TSI 105ch Référence avec 62 000 km, ainsi qu’une Peugeot 3008 1.6 Hdi FAP BVM Active de juin 2013 avec 64 000 km. Les trois véhicules ont ensuite été conduits chacun dans des points de reprise situés en Ile-de-France, dans une ville de province ou en milieu rural, afin de solliciter l’examen d’un acheteur et d’obtenir un prix de reprise définitif.

Loin d’être flambant neufs, ces véhicules ont toutefois été sélectionnés pour leur historique d’entretien limpide et leur état extérieur et intérieur conforme à la norme pour leur âge. A titre d’exemple, pour la Peugeot 3008, quelques rayures et accrocs sur la carrosserie ont justifié une estimation des frais de remise en état de 910€. Au moment où l’étude est réalisée, l’Argus donne pour ce SUV une cote personnalisée de 10.708 €, desquels il semble légitime de déduire les 910 € de frais de remise en état, soit 9.798 € ou des frais professionnels à hauteur de maximum 15 % (au-delà, l’Argus explique depuis des décennies que c’est « trop » !), soit donc 9.102 €. Les propositions de reprise reçues en ligne et en point de vente physique sont illustrées dans le graphe ci-dessous :


Comme le montre ce graphique, l’estimation en ligne du véhicule, avec les caractéristiques saisies par l’internaute (y compris l’indication de l’état), atteint une moyenne de 10.579 €, avec un maximum de 12.373 € chez Auto 1, qui propose légèrement mieux que Renault Retail Group en Ile-de-France (11.339 €).

De l’offre en ligne à l’offre en concession : jusqu’à 45% de baisse !

Mais une fois la voiture conduite sur site, les prix s’effondrent : l’estimation passe à 8.520 € en moyenne, soit 19,5% de différence ! Très généreux sur le Net, Auto 1 se montre bien plus pingre en physique, avec une offre à 8.983 €. Renault Retail Group, de la même manière, dégonfle sa proposition à 9.000 €. Le record revient toutefois à PSA Retail en milieu rural : de 10.675 € en ligne, l’offre de reprise passe à 5.835 € en concession, soit 45 % de baisse ! 

Des estimations bien éloignées de la Cote Argus Personnalisée®. Et ce, même en tenant compte des frais professionnels ou des frais de remise en état : mise à part celle d’Autobiz, toutes les offres définitives de reprise sont largement inférieures à la Cote Argus Personnalisée de notre Peugeot 3008, même amputée des 910 € de réparations estimées, ou bien du maximum de 15 % de frais de remise en état.

Pour les autres véhicules observés, le constat n’est guère plus flatteur : après des estimations en ligne s’élevant à 8.274 € en moyenne, la Seat Leon, malgré un état irréprochable, perdra 14,1% une fois conduite dans les points de reprise, avec seulement 7.112 € en moyenne pour les propositions définitives. C’est 15,6 % de moins que sa Cote Argus Personnalisée, établie à 8.427 €. Quant à la Peugeot 207, qui cotait 2.395 € à l’Argus, quelques rayures et impacts mineurs de carrosserie lui valent une véritable descente aux enfers : de 2 920€ en moyenne sur Internet, les estimations passent à seulement 1 820€ une fois sur place, soit une chute de -37,7 %, ou 24,0 % de moins que sa cote Argus !

Les particuliers doivent-ils pour autant bouder les offres de reprise sèche ? Pas forcément : pour qui privilégie la facilité aux considérations budgétaires, c’est l’assurance de vendre rapidement et sans les contraintes et risques de la transaction entre particuliers. Mais une comparaison préalable avec la Cote Argus s’impose si on veut éviter d’y laisser trop de plumes !