En mai 2016, le gouvernement algérien a décidé d’accorder les licences d’importation de véhicules à seulement 40 distributeurs sur un total de 80 prétendants. Ainsi, seuls 83 000 véhicules neufs ont eu le droit d’entrer sur le territoire algérien l’an passé, contre 152 000 prévus initialement, ou encore 300 000 unités en 2015. De fait, le ministère du commerce rapporte que la facture d’importation dans le secteur automobile, qui s’élevait à 7,15 milliards d’euros en 2012, s’est établie à environ 0,9 milliard d’euros l’an passé. Une facture qui, selon l’économiste Abdelatif Rebah, interrogé par l’AFP, était devenue « insoutenable et dangereuse pour les équilibres extérieurs du pays ». Selon lui, l’Algérie a importé plus de quatre millions de véhicules pour près de 23,5 milliards d’euros sur une quinzaine d’année, et ce montant n’inclut pas l’importation de pièces de rechange.

Toutefois, malgré cette économie substantielle, la problématique de l’automobile en Algérie demeure encore profonde.

« L’Algérie traverse actuellement une grave crise financière et le pouvoir d’achat des algériens s’amenuise considérablement. Il existe un besoin en mobilité qui reste très fort mais qui n’est pas satisfait, et ce d’autant plus que les transports publics sont défaillants », nous confiait en septembre dernier Mourad Saadi, fondateur du mensuel de l’Automobile Algérie.

Des projets industriels en attente


Par conséquent, c’est toute l’industrie automobile algérienne qui doit être repensée. Dans ce cadre, suite à un cahier des charges adopté en 2014, la distribution de voitures neuves en Algérie est conditionnée depuis le 1er janvier 2017 à la mise en place d’un projet industriel sur le sol algérien, que ce soit la construction d'usine d'assemblage de véhicules ou de pièces de rechange. Les marques qui n’appliqueront pas ce cahier des charges seront de fait exclues de la distribution automobile. Or, peu d’acteurs respectent ces obligations à ce jour.

Seuls Renault, depuis 2014, et Hyundai, depuis l’an passé, disposent d’une usine d’assemblage et de montage de véhicules sur le sol algérien. Le site Volkswagen, à Relizane (320 km à l'ouest d'Alger), produira sa première voiture en juin 2017, tandis que PSA poursuit ses négociations pour y installer une usine. L’AFP rapporte que le ministère algérien a reçu une dizaine de dossiers pour des projets d’implantations.

La problématique des pièces et des composants


« Ce choix industriel de montage au lieu de l’importation n’a de sens que s’il s’inscrit dans la stratégie de réindustrialisassions de la branche en termes de pièces de rechange et de composants d’abord, et de fabrication ensuite », explique ainsi Mustapha Mekideche, vice-président du Conseil national économique et social. En effet, un site d’assemblage de véhicules prend tout son sens si les équipementiers et les fabricants de composants sont également implantés sur place. Selon Abdelatif Rebah, le choix de l’assemblage induit une lourde facture d’importation des intrants (pièces et kits), qui rendent au final le coût de fabrication du véhicule plus cher que le même produit importé totalement monté. A ce jour, le taux d’intégration des pièces reste relativement faible. Le chantier sera donc long.

Pourtant, dès 2019, le ministère de l’industrie table sur une production annuelle de quelque 500 000 unités, tous types confondus. Des exportations sont même envisagées.