L'usine de déconstruction automobile créée de toutes pièces par Patrice le Blevennec et jean-François Coléno, deux investisseurs privés vient d'être placé totalement sous le contrôle du groupe Dubreuil, 26e groupe automobile en France entré au capital de l'usine quelques jours avant son démarrage officiel en avril 2013. Les deux fondateurs ont démissionné de leurs fonctions et la société accueille Paul-Henri Dubreuil, président du groupe en tant que gérant.

Cette décision intervient alors que le marché des véhicules hors d'usage est en chute libre. « Alors que le projet a été bâti pour traiter environ 12 000 voitures par an, 2 500 auraient pu être déconstruites seulement », explique un professionnel de la démolition. « mais c'est un phénomène national. Les démolisseurs manquent cruellement de matière première », ajoute Patrick Poincelet, président de la branche des démolisseurs du CNPA. « en 2014, nous devrions compter sur la démolition d'un million de voitures contre plus d'1,5 million en 2012. »

Les déconstructeurs bretons « pas surpris »

Le changement à la tête d’ARA n’a pas surpris l’Association des déconstructeurs automobiles bretons qui s’était constituée et dressée contre le projet. Son président, Hugues Allaire, PDG du groupe de déconstruction FDK (5 sites en Bretagne), l’attendait : « Cette prise de contrôle par le groupe Dubreuil et le départ des cofondateurs s’inscrivent dans la logique de la genèse ubuesque du projet dont nous disons, depuis son annonce, qu’il recelait tous les aspects susceptibles de le conduire à la faillite, sans compter l’opacité des financements qui a marqué la naissance du centre. Nous étions indignés, révoltés par la façon dont ARA a été monté. La reprise en mains totale du groupe Dubreuil atteste que nous avions raison, que le projet n’était pas viable. Nous sommes donc doublement indignés et révoltés ».

Le président de l’association rappelle que le projet est né essentiellement de la volonté d’un élu, Jean-Louis Fougère, maire de Saint-Nicolas-de-Redon et président de la Communauté de communes du Pays de Redon jusqu’en mars dernier, date à laquelle il a abandonné ses mandats à l’occasion des élections municipales : « Cet élu s’est acharné et entêté à vouloir implanter une entreprise de déconstruction automobile sur le territoire de sa commune en faisant totale abstraction du marché régional, en méprisant les analyses et alertes des professionnels en place que nous sommes. ».

Lumière sur les aides

L’association bretonne, qui fédère 27 déconstructeurs, s’était également indignée des aides publiques qu’avait drainées le projet : 845 000 €, au total, dont 480 000 € par le seul ministère de l’Agriculture de l’époque au titre de la prime à l’aménagement du territoire. Il faut ajouter à ces aides le portage immobilier d’ARA par la SELA, société d’économie mixte du département de la Loire-Atlantique (Société d’Equipement de Loire-Atlantique), à hauteur de 4,5 M€, ARA n’étant que locataire du site. L’indignation des déconstructeurs bretons s’était muée en colère quand ils avaient constaté le faible apport personnel de départ des fondateurs.

« Plus jamais ça »

Pour les déconstructeurs opposants, le changement de tutelle ne change rien à leur combat : « ARA, désormais, c’est le groupe Dubreuil mais notre seule cible, c’est ARA et nous allons continuer à contester la légalité des aides ». Le président lance un autre avertissement : « C’est une mode pour les élus, depuis quelque temps, à chaque fois qu’une catastrophe industrielle survient, d’imaginer, en compensation, un projet de déconstruction automobile. Le bruit court qu’un autre centre serait à l’étude sur le site de PSA-La Janais. Il faut que cette lubie cesse car la profession et les spécialistes savent que le maillage actuel est largement suffisant, et même, depuis la crise et la réduction importante de la ressource en VHU affecte toute la filière. Les cofondateurs ont fait preuve d’un mépris total pour la profession et les acteurs en place rappellent qu’ils n’ont pas attendu, eux, des aides pour s’installer et qu’ils atteindront pareillement l’objectif de 95 % dans le délai imparti ».

Noyelles-Godault en vue ?

A observer le double sauvetage opéré par le groupe Dubreuil depuis l’ouverture, on ne peut s’empêcher d’entrevoir le fantôme de Noyelles-Godault, le fiasco du site nordique créé par Indra en 2009 dans le Nord et fermé au début de 2013. « Même si le groupe Dubreuil est solide, on ne peut écarter le spectre de Noyelles-Godault pour deux raisons, conclut Hugues Allaire. D’une part, parce qu’ARA a été construit à partir d’une étude d’Indra. D’autre part, dès qu’on accole le terme “industriel” à un projet, on le pare de toutes les vertus et de toutes les promesses. Ceux  qu’on nous a présentés jusqu’ici de manière mirifique n’ont rien prouvé, pire, ont, comme le site nordiste, piteusement capoté ».