Au-delà de la situation particulière du groupe, les récentes annonces de Volkswagen nous interpellent. Franc virage vers la mobilité électrique, baisse d’effectifs et abandon du diesel aux Etats-Unis, ces réorientations stratégiques nous font nous interroger sur ce monde qui vient et ces mutations qui vont chahuter l’écosystème automobile jusque dans ses fondements.

La belle histoire !  Un siècle passé à construire une filière équilibrée, d’assembleurs en équipementiers, de distributeurs en filiales de financement, d’usines en bureaux d’études... Des montagnes d’intelligence, du trait de crayon du designer jusqu’à la poignée de main du concessionnaire, pour faire quoi ? 12 % de nos économies occidentales produites par une industrie à marges modestes (de 3 à 8 %), fragile en fait. Un vrai chef-d’œuvre en équilibre.

Bientôt 100 millions de véhicules produits

L’industrie automobile mondiale a cru au rythme de 4 % par an ces 10 dernières années et dépassera bientôt le chiffre symbolique des 100 millions de véhicules produits. De quoi rassurer sur les perspectives à moyen terme.  Et pourtant, il y a fort à penser qu’hier fera un bien piètre proxy pour demain.

Les faits sont têtus. En 2050, la population des mégapoles (plus de 10 millions d’habitants) représentera 50 % de la population mondiale (8 % aujourd’hui) et le parc automobile mondial pourrait passer de 1 à 4 milliards, bien au-delà de ce que nos routes supporteront. D’ici là, c’est certain, les contraintes environnementales nous forceront à trouver des solutions plus innovantes encore pour limiter l’empreinte des véhicules. Dans le champ des possibles technologiques, l’électrique a prouvé sa légitimité à en croire les nombreux projets annoncés au mondial de Paris. Nos dernières projections prévoient une mobilité autonome et partagée qui représentera la moitié des kilomètres parcourus en 2040, et 10% dès 2030. Pour certains, le pas est vite franchi, cette évolution sociétale s’accompagnera d’un accroissement important du parc électrique. Pour un industriel, 25 ans c’est court, trois à quatre cycles véhicules tout au plus, pensez donc que Clio fête cette année ses 26 ans !

Une facture salée pour les constructeurs

Les véhicules de demain seront plus durables, plus autonomes, plus écologiques aussi. Ils coûteront surtout bien plus cher à concevoir. La facture risque d’être salée pour les constructeurs. Les études décrivent une demande non élastique aux prix obligeant ces derniers à dégager ailleurs des marges de manœuvre financières. Qu’on l’appelle industrie 4.0, lean ou encore excellence opérationnelle, c’est bien dans l’appareil de production que les industriels vont devoir trouver les ressources pour financer l’avenir.

Les dernières annonces de Volkswagen illustrent parfaitement cette situation. Recentrage des efforts sur des propulsions moins polluantes, investissement dans une filière électrique, optimisation de la production…Pour aucun acteur l’inaction n’est une option face à un avenir qui n’a jamais été aussi proche. 

Il est temps de faire le pari du siècle.

Guillaume Crunelle
Associé responsable Industrie Automobile chez Deloitte