A l'heure où l'Amérique de Trump tend à se fermer, la Chine va-t-elle vraiment s'ouvrir? Le salon de Pékin qui ouvrira ses portes le 25 avril 2018, sera l'occasion de mesurer la façon dont les constructeurs étrangers perçoivent la levée des restriction à leur encontre annoncées par Pékin.

Sûre de sa force économique et d'une industrie locale qui commence à devenir compétitive, la Chine se permet désormais d'être plus ouverte. L'étranger ne risque plus de tuer dans l'oeuf les entreprises locales maintenant émergées.

Organisé tous les deux ans dans la capitale chinoise, en alternance avec Shanghai, l'évènement est la vitrine incontournable du premier marché automobile mondial, où 28,9 millions de véhicules ont été écoulés l'an dernier.

Les promesses de Xi Jinping


L'édition 2018 sera dominée par des sujets politiques. Le spectre d'une guerre commerciale entre Pékin et Washington inquiète le secteur, tandis que les récents gestes d'ouverture dévoilés par la Chine suscitent un optimisme circonspect.

Le président Xi Jinping a ainsi promis un abaissement conséquent cette année des droits de douane sur les voitures importées: un cadeau appréciable pour les marques de luxe, même si les volumes restent limités.

Surtout, Pékin a annoncé la levée d'ici à 2022 des restrictions empêchant les constructeurs étrangers de contrôler leur filiale locale --et même dès cette année pour la production de véhicules électriques.

Les groupes étrangers sont actuellement contraints de s'associer à un partenaire chinois dans des coentreprises dont ils ne peuvent posséder plus de 50%.

Certains constructeurs dépourvus d'usine en Chine, comme l'américain Tesla, pourraient néanmoins en profiter.

Les étrangers mis à mal par les constructeurs chinois


Les marques étrangères contrôlent encore 55% des ventes automobiles en Chine, mais leur part de marché s'effrite drastiquement face aux marques 100% chinoises.

Ces dernières contrôlent 60% du créneau en plein boom des 4x4 urbain (SUV), qui représentent 40% des ventes de voitures particulières.

Les étrangers sont confrontés ces deux dernières années à une concurrence accrue des marques locales produisant des SUV meilleur marché.

Cela n'affecte pas nécessairement les marques haut de gamme bien établies, à l'instar des allemands Mercedes, Audi ou BMW, mais cela plombe les constructeurs généralistes, tels PSA ou Ford, dont l'espace se réduit et dont les ventes chutent.

Le passage contraint par l'électrique


Autre vedette attendue, la voiture électrique. Pékin imposera dès 2019 de quotas de ventes de véhicules à énergie nouvelle pour tous les constructeurs.

Cette perspective, pousse déjà les constructeurs à muscler leur offre et devrait doper les ventes de véhicules électriques ou hybrides. Celles-ci se sont envolées de 53% l'an dernier, mais restent une goutte d'eau à l'échelle du marché (2,7%).

Dans l'ensemble, les ventes automobiles en Chine n'ont progressé que de 3% en 2017, loin de l'envolée de 2016 (+14%).

Un marché mature mais compliqué


Mais ce tassement "s'explique par l'annulation d'une réduction de moitié de la taxe" sur l'achat de véhicules à petite motorisation, qui dopait précédemment le marché, avertit Li Yanwei, analyste de la fédération chinoise des concessionnaires.

Il prédit une "croissance modérée" de même ordre en 2018, malgré la robustesse des ventes de SUV (+13% l'an dernier).

La Chine commence à ressembler à un marché plus mature. C'est un marché compliqué, parce que les grandes zones côtières commencent à être équipées en voitures alors que le potentiel des régions de l'intérieur est sous-exploité.

On commence maintenant à voir apparaître un marché de l'occasion actif.