La crise du diesel en Europe, beaucoup plus grave qu’on ne l’imaginait encore il y a un an, représente une formidable opportunité pour les constructeurs chinois.

L’une des alternatives les plus séduisantes et des plus radicales est le véhicule électrifié, surtout tout électrique.

En mettant les bouchées doubles sur les voitures électriques, aidées par des politiques publiques volontaristes, les chinois acquièrent un savoir-faire dans ce domaine qui n’a rien à envier à celui des constructeurs historiques.

En effet, l'électrification des voitures fait tomber un bastion des constructeurs historiques: le savoir-faire dans les moteurs thermiques sophistiqués.

L'effondrement d'une barrière


La maîtrise des moteurs à combustion interne, s'appuyant sur des décennies d'expérience et des milliards d'investissement en recherche et développement, constituait une barrière à l'entrée quasiment infranchissable.

Avec les motorisations électriques, cette barrière s’effondre.

"Clairement une chaîne de traction électrique est beaucoup plus simple" à produire, et "le meilleur indicateur de l'accessibilité que ça crée est ce qui se passe en Chine en ce moment", explique Eric Kirstetter, expert automobile chez Roland Berger.


Le cabinet de conseil y a recensé "plus d'une trentaine de nouveaux constructeurs, tous basés sur le véhicule électrique".

Parmi ces start-up, il cite Lynk & Co (société commune entre Geely et Volvo), NIO, soutenu par des géants chinois de la tech, ainsi que Chehejia, dont le fondateur est surnommé l'Elon Musk chinois, du nom du dirigeant du constructeur américain Tesla.

Le dieselgate : un accélérateur


Ces initiatives seraient impensables sans la rupture technologique de l'électrification.
Le dieselgate apparaît comme une catastrophe pour les constructeurs européens, car il accélère la transition vers l'électrique et met sur les rangs les concurrents chinois.

En 2017, quelque 700 000 véhicules électrifiés ont été vendus en Chine. L’ambition affichée par Pékin est de produire plus de 3 millions d’unités à partir de 2025. Selon les estimations de Goldman Sachs, la Chine devrait d’ici 2030 absorber plus de 60 % des ventes mondiales de véhicules électrifiés.

Le véhicule tout électrique, plus que l’hybride rechargeable, a le vent en poupe. Ne comprenant de moteur thermique, il est plus facile à fabriquer et bien moins coûteux.

Le savoir faire dans les batteries est d'abord asiatique


"Le coeur du véhicule, désormais, c'est la batterie, c'est là où on gagne beaucoup d'argent", souligne Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research. Or, les technologies les plus avancées sont entre les mains des groupes d'électronique japonais (Panasonic), coréens (LG, Samsung) et chinois".


Le premier constructeur mondial de véhicules électriques (selon le nombre de VE vendus) est le BAIC, devant Renault-Nissan et Tesla.

7 chinois dans le Top 10 de constructeurs de VE


Seuls trois constructeurs non chinois apparaissent dans le Top 10 mondial des constructeurs de VE (Renault-Nissan, Tesla et Chevrolet (General Motors). Tous les autres sont des chinois: ZD, BYD, Zotye, JAC, Geely, etc... qui profitent des politiques volontaristes mises en place dans l’Empire du Milieu.

Pour l’heure, il n’y a aucune trace significative des constructeurs allemands. Aux Etats-Unis, Tesla vend déjà autant de voitures que Porsche.

Le marché du véhicule purement électrique pèse seulement 1% du total. Mais il progresse de 50% chaque année et représentait l'an dernier 750.000 unités.

Quand les VE chinois passeront la muraille


En 2025, il serait à 15% des ventes en Europe et 17% en Chine, premier marché mondial, selon Roland Berger.

Les grands constructeurs occidentaux ont cependant tous des plans d'attaque colossaux, avec des dizaines de milliards d'euros d'investissement, et il restera difficile de les concurrencer.

"Les constructeurs chinois dominent leur marché sur le périmètre du véhicule électrique, explique Rémi Cornubert, senior partner chez Advancy. Mais des initiatives récentes montrent qu’ils ne seront pas éternellement absents du premium quand il sera électrifié. Ces constructeurs gagneront ensuite les Etats-Unis, puis l’Europe ».