Les constructeurs automobiles seraient-ils trop optimistes? La plupart d'entre eux promettent de premières productions en série de véhicules autonomes dès 2020/2021. Mais leur généralisation serait ensuite très lente prévoient certains observateurs.

Des véhicules sans conducteurs dans moins de cinq ans


De multiples modèles autonomes roulent déjà ou s’apprêtent à rouler dans le cadre de tests.

  • Ainsi, Waymo (Alphabet/Google) qui a noué un partenariat avec Fiat-Chrysler, fait des essais auprès de volontaires, tout comme Volvo et Ford.
  • Tesla équipe déjà ses modèles des capteurs, caméras, radars et logiciels nécessaires à la conduite autonome (avec le système Autopilot, ils sont déjà partiellement autonomes). Une démonstration de conduite d’une Tesla en totale autonomie de Los Angeles à New York est prévue avant fin de 2017.
  • Le géant des puces Intel, qui a racheté la société israélienne Mobileye (systèmes anti-collisions), va tester 100 voitures autonomes dès cette année.

Le soutien des pouvoirs publics


L'enthousiasme des industriels semble recevoir le soutien des pouvoirs publics.
Les pays du G7 se sont engagés fin juin à "supprimer les obstacles potentiels dans les régulations à l'introduction de technologies de conduite automatisée et connectée, au niveau international et national".

En Californie, une quarantaine d'entreprises ont l'autorisation de tester sur les routes des voitures sans chauffeur, et l'Etat de New York se dit prêt à accueillir des essais afin de "faire baisser le nombre d'accidents".

Le 6 septembre 2017, la Chambre des représentants américaine a approuvé un texte destiné à faciliter le déploiement des voitures autonomes, notamment en empêchant les Etats d'imposer des réglementations trop restrictives.

Des Cassandre douchent l'enthousiasme


Mais des voix dissonantes se font entendre. "Il faut arrêter la comédie" en faisant croire que les voitures complètement autonomes sont pour demain, lance dans une note, l'analyste Bob O'Donnell, du cabinet TECHnalysis, estimant que ce sera "bien plus long".

Il dénonce :

  • un manque d'infrastructure informatique permettant une communication fluide entre les véhicules et les serveurs, et entre les véhicules eux-mêmes,
  • des coûts élevés,
  • des incertitudes juridiques,
  • des problèmes liés aux responsabilités et aux assurances.

Des associations de consommateurs s'alarment. "Consumers Watchdog" dénonce des "effets de manche marketing". Selon elle, "l'Amérique est à des décennies d'un système de transport entièrement autonome". De son côté, "Consumers Union" s'inquiète des risques de piratage.

Des ingénieurs tempèrent également l’enthousiasme des constructeurs. Ainsi, une quinzaine d'ingénieurs et cadres de Tesla ont quitté le groupe ces derniers mois, estimant être loin d'un véhicule autonome sûr malgré les annonces d'Elon Musk. Ce dernier sous-entend qu'il ne manque plus que le feu vert des autorités pour faire rouler des voitures complètement autonomes.

Attention à l'accident qui gâcherait tout


Tesla avait dû l'an dernier déployer un patch de sécurité pour son Model S, après que des chercheurs chinois ont affirmé avoir piraté la berline à distance grâce aux connexions sans fil.

L'Autopilot avait aussi été mis en cause après la mort d'un automobiliste en 2016 aux Etats-Unis. Le régulateur américain a ensuite dédouané le système mais plusieurs études d'opinion montrent que les automobilistes sont encore réticents à lâcher complètement le volant.

Partir trop vite et trop tôt pourrait plomber pour longtemps l'essor du véhicule autonome si des accidents graves venaient en ternir l'image. C'est un risque dont tous les constructeurs sont conscients.