Depuis quelques années, les loueurs de courte durée sont « challengés » de toutes parts sur leur cœur de business. Start-up, constructeurs, distributeurs avancent leurs pions et prennent position sur le marché de l’autopartage et par conséquent sur celui de la location. Aussi indispensable soit-il, un réseau d’agences ne suffit plus. Le défi est également technologique. Les principaux loueurs l’ont bien compris, en se dotant d’incubateurs, de laboratoires ou en rachetant des start-up (Europcar, avec Ubeeqo en 2015), dont la mission est de développer les innovations qui feront la mobilité de demain. « L’accès au libre-service est l’événement technique majeur des mois et des années qui viennent », confiait récemment Jean-Claude Puerto, président d’Ucar, chez nos confrères d’AutoK7.

Antoine Martin, directeur du développement d'Ada
Aujourd’hui, une application suffit à localiser un véhicule, à en ouvrir ou fermer les portes. Les enseignes de location affûtent leur dispositif pour coller à cette mutation, tout en maintenant les agences au cœur du jeu. Lancé il y a un an, le réseau Ada Express, qui préfigurait un nouveau concept d’agences pour couvrir les villes moyennes, n’aura pas fait long feu ; il vient en effet d’être abandonné. Mais il aura parfaitement joué son rôle de laboratoire. Le loueur l’a utilisé pour expérimenter dans certaines villes le service de véhicules en libre-service ou connectés. Un test qui semble avoir porté ses fruits, puisque Ada a décidé de déployer cette approche à plus grande échelle au sein de son réseau traditionnel.

Celui-ci dénombre en France vingt agences dont la flotte se compose à 100% de véhicules en libre-service, lesquels sont entreposés à proximité de l’agence, mais également dans les secteurs dits névralgiques : gares, centres commerciaux, certains quartiers d’habitations, infrastructures sportives... L’enseigne vient ainsi croiser le fer avec d’autres acteurs de l’autopartage. « L’idée est de déposer deux ou trois véhicules dans les secteurs à flux importants, explique Antoine Martin, directeur du développement d’Ada. Nous pouvons aussi cibler de manière ponctuelle certains emplacements en fonction d’événements locaux ». Le véhicule doit être restitué dans la zone où il a été récupéré (dans un rayon de 200 m environ) ou dans une agence, afin d’en faciliter la gestion pour le franchisé.

« La présence de l’agence est essentielle dans ce dispositif, ne serait-ce que pour servir de relais en local et expliquer aux clients le fonctionnement de l’application », insiste le responsable.

Un chiffre d’affaires additionnel


ADA a présenté son service de véhicules connectés lors du salon de la franchise, à Paris
Pour le loueur, l’enjeu, à terme, consiste à nouer un partenariat avec les mairies, les entreprises, les hôtels ou les clubs de sport, afin d’exploiter leurs parkings et leur clientèle. Selon Antoine Martin, en plus d’apporter un nouveau service innovant pour l’automobiliste, la voiture connectée contribue aux résultats de l’agence : « Avant, les véhicules ne pouvaient être loués et restitués qu’entre 9h et 18h. Avec cette solution, ils sont à disposition des clients 24h sur 24 et sept jours sur sept. Ça dégage du chiffre d’affaires additionnel, sans augmenter les charges, et ça permet aussi de couvrir des zones de chalandise où l’agence n’avait pas de poids. »

Le loueur, qui revendique à ce jour une flotte de 500 véhicules connectés en service, entend atteindre la barre des 2 000 véhicules d’ici à fin 2018. « Mais l’ambition n’est pas de basculer l’ensemble du réseau sur ce modèle 100% connectées », prévient Antoine Martin. Via son franchisé lyonnais, Ada vient aussi de lancer son service Moov’in, avec l’école EM Lyon. Des voitures et des deux-roues ont été installés sur le campus. Le coût de l’utilisation est partagé entre les étudiants et l’école.

Gestion de contrats dématérialisée


Oscar Boré, directeur de l'innovation chez Rent a Car
Émanation de l’incubateur Mobility Founders, créé par Rent a Car, la start-up CarMoov a développé une solution permettant d’ouvrir ou fermer le véhicule à distance et, surtout, de gérer les contrats de façon dématérialisée. Contrairement à Ada, Rent a Car a d’abord éprouvé sa solution auprès des assisteurs. Lors des premiers mois de test, une cinquantaine de voitures tournaient dans des centres du réseau Five Star ayant une activité de dépannage. L’automobiliste en panne pouvait ainsi repartir avec une voiture déjà sur place. La flotte de véhicules connectés a ensuite été réduite à une dizaine d’unités, car la fréquence de dépannage s’est révélée inférieure aux prévisions. Désormais, CarMoov peut être utilisée par les particuliers à Grenoble et à Perpignan. Comme chez Ada, les véhicules connectés ont été disposés dans des points stratégiques (gares, aéroports, hôtels, centres commerciaux). Un déploiement à plus grande échelle est prévu au second semestre de 2018, mais la société entend y aller à son rythme.

« Techniquement, nous sommes prêts, informe Oscar Boré, directeur de l’innovation chez Rent a Car. Nous allons accompagner progressivement notre réseau sur ce sujet, mais nous n’allons pas infuser des véhicules en libre-service dans toutes les villes. Pour que ce service fonctionne et que la qualité soit au rendez-vous, il faut qu’il soit géré par les agences et non pas centralisé. » À l’image des nombreuses nouvelles solutions de mobilité, la voiture en libre-service est encore naissante et pas adaptée à tous les conducteurs ni à toutes les villes.

« Il y a beaucoup d’effets d’annonce d’acteurs de la mobilité sur les véhicules connectés, mais, en définitive, on en trouve encore peu sur le marché. Les clients ne se ruent pas sur cette solution. Ils veulent surtout un service de qualité et rapide », poursuit Oscar Boré. Le passage au comptoir et la remise des clés devraient rester la norme pendant encore quelque temps.

Offre globale de mobilité


« Nos franchisés sont partagés entre deux sentiments assez ambivalents, expose Anne-Catherine Péchinot, directrice générale déléguée de Rent A Car. Ils ont compris que la technologie allait permettre d’améliorer le service et, en même temps, qu’elle soulève des interrogations sur la qualification du client, la réalisation de l’état des lieux du véhicule... Le succès du libre-service repose sur la concordance du réseau physique, de l’humain et de la technologie. »

Le libre-service constitue surtout une solution parmi tant d’autres, car l’ambition ses loueurs de courte durée est de proposer une palette de services large et de construire une offre de mobilité globale : autopartage, location traditionnelle de véhicules en flotte, mais aussi de voitures de particuliers, taxis... Au sein de son incubateur, Rent a Car a développé la start-up Zeloce, un service de location d’utilitaires avec chauffeur pour transporter des objets encombrants. Hertz déploie dans plusieurs continents son offre Hertz Chauffeur (via Uber, Lyft ou Blacklane), qui permet de réserver en agence ou sur Internet une voiture avec chauffeur. La livraison du véhicule à domicile, que l’on voit se développer chez les acteurs de la réparation et de la distribution, constitue une piste potentiellement intéressante à explorer.