Dans les bureaux de sa holding Finhac à Charleville-Mézières, quand les stores vénitiens sont ouverts, Emmanuel Hacquart jouit d’une vue imprenable sur la concession Renault, de l’autre côté de la rue Camille-Didier. Il peut observer à loisir le va-et-vient des clients et des collaborateurs.

L’année des 90 ans

emmanuel haquart
Emmanuel Haquart a pris les rênes du groupe familial en 1999.

Plus exactement de ses anciens clients et collaborateurs. Car cette affaire, qui a longtemps représenté le vaisseau amiral du groupe familial, ne lui appartient plus. Et ce depuis juin 2016. Un peu à la surprise générale, Emmanuel Hacquart a décidé il y a deux ans, soit l’année des 90 ans du groupe, de céder ses affaires Renault dans les Ardennes, la Marne et la Haute-Marne à Antoine Guillou (ex- PGA) et Thierry Ducreux. Une « orientation stratégique de groupe » que le dirigeant assume et ne regrette pas.

« Nous étions entourés par les groupes Gueudet, Schuller, PGA et By My Car et par la Belgique au nord. Plutôt que créer une deuxième plaque loin de mes bases, je me suis demandé si le moment n’était pas venu de revendre. J’ai estimé qu’un groupe moyen comme le mien n’avait plus d’avenir dans un paysage ne cessant de se concentrer. De plus, je ne voyais pas de pérennité, aucun de mes enfants ne semblant s’intéresser à l’auto. »

En 2015, le dirigeant prend donc la décision de réduire la voilure, mais il ne quitte pas l’automobile pour autant. Les marques Nissan, Opel et Kia sont conservées dans les Ardennes. S’y ajoute Volvo. « J’ai fait le choix, difficile, de revendre la marque de coeur, qui a nourri la famille pendant trois générations. Renault était en pleine ascension, c’était le bon moment. Il est possible qu’au départ, mon oncle ait eu un peu de mal à digérer ce choix. »

renault concession haquart 1926
Pierre Haquart, grand-père d'Emmanuel Haquart, ouvre la première concession Renault dans le centre de Charleville (08), en 1926.

Michel Hacquart, son oncle, est celui qui a impulsé le développement du groupe à partir des années 1960. Il a pris la relève de son père, Pierre, initiateur en 1926 de la première concession Renault à Charleville. Son diplôme de commerce en poche (ISC Paris) et fort d’une première expérience dans la succursale Renault de Strasbourg, Emmanuel Hacquart intègre la structure familiale en 1982. Une évidence pour le natif de Boulogne-Billancourt élevé dans l’univers Renault. « Je voulais faire comme mon oncle : vendre des voitures. » Il va d’abord s’occuper de la location de voitures (Hertz), puis de celle des camions (Clovis), avant de prendre la direction des concessions poids lourds. « Jusqu’en 1995, je ne me suis pas du tout occupé de voitures. » Les constructeurs commencent alors à raisonner en termes de plaques et ils désirent que le dirigeant du groupe en soit aussi l’actionnaire majoritaire.

Lié aux poids lourds

« À cette époque, nous étions plusieurs membres de la famille à détenir des parts. J’étais surtout ultra-minoritaire. Aussi, pour pouvoir devenir actionnaire majoritaire, il a fallu procéder à des ventes et faire un choix stratégique entre l’automobile et le camion. Je ne pouvais pas m’engager financièrement dans les deux directions. »

Emmanuel Hacquart va alors opter pour la voiture, alors que son parcours était jusqu’ici lié au camion. « En scrutant notre périmètre géographique, j’ai jugé que notre potentiel de croissance était plus important dans la voiture. » En 1999, l’opérateur revend ses concessions Renault V.I. aux groupes Richard et Gueudet. Sans regret, car le potentiel de développement entrevu dans la voiture va vite se confirmer. De 2000 à 2005, l’opérateur multiplie les acquisitions dans les Ardennes et la Marne, avec Renault, Nissan et Mitsubishi.

« Pour l’anecdote, j’ai été le concessionnaire Citroën le plus éphémère. J’avais signé l’acte d’achat de l’affaire de Verdun, sans en parler à Renault. Nous étions alors aux prémices du multimarquisme. Quand j’ai prévenu Renault, on m’a fait très vite comprendre que je compromettais mon avenir avec la marque. Je n’étais pas encore assez gros pour m’engager dans un bras de fer. Un mois plus tard, je revendais la concession. »

concession renault groupe haquart
2016. Cession de l'ensemble des affaires Renault à Antoine Guillou et Thierry Ducreux.
Le groupe va vite se consoler en reprenant les panneaux du groupe Fiat (qui seront cédés en 2010) et celui de Kia.
Au plus fort de sa consolidation, le groupe Hacquart atteindra 125 M€ de chiffre d’affaires, un volume de 5 000 VN sur une vingtaine de sites et s’invitera parmi les membres du top 100. Aujourd’hui, il pèse 28 M€ et 800 VN via quatre affaires. « Nous avons représenté jusqu’à plus de 50% du marché automobile dans les Ardennes. »Une part qui se situe entre 11 et 12% désormais.

« Toujours été diversifié »

L’entité familiale est devenue un acteur de taille départementale. Mais Emmanuel Hacquart ne regrette rien. Aujourd’hui, il se dit agile, souple, avec des reins très solides grâce à la revente de ses affaires. Moins accaparé et peut-être plus relâché qu’auparavant, il n’en reste pas moins un entrepreneur dans l’âme et un passionné d’automobile. Le dirigeant, qui attend avec impatience son Alpine A110, continue de distribuer Nissan, Opel, Kia et Volvo à Charleville-Mézières. « Mon but est de conserver ces quatre marques, mais pas de grossir, sauf opportunité très proche dans l’une de ces marques. »
Depuis quelques mois, le dirigeant a pris ses distances avec la voiture pour mieux développer une autre activité : la location saisonnière de haut de gamme et l’hôtellerie dans le Luberon. « Le groupe Hacquart a toujours été diversifié, location, informatique, peinture... Aujourd’hui, c’est un pôle automobile dans les Ardennes et une activité locative touristique dans le sud. » De quoi occuper Emmanuel Hacquart pendant encore quelques années.