Sur ce début d’exercice 2018, le marché de l’occasion marque le pas : – 1,5% à la fin d'avril, à 1 882 782 immatriculations. Près de 64% des véhicules vendus depuis janvier sont équipés d’un diesel et 35% d’un moteur à essence. Des ratios encore très éloignés de ceux observés sur le marché VN (55% pour l’essence). L’an passé, à la même époque, la part du diesel dans les transactions de VO s’élevait à 65%, soit une petite baisse de 1 point en un an. C’est peu. En 2017, près de 3,7 millions de modèles d’occasion diesels ont été immatriculés en France, dont environ 2,5 millions affichant plus de 5 ans d’âge. Avec l’instauration de la nouvelle prime à la conversion au 1er janvier 2018, désormais accessible sur l’achat d’un VO, et en attendant la réforme du contrôle technique, ce sont des dizaines de milliers de vieux diesels (immatriculés pour la première fois avant 2006) qui vont sortir du circuit et rejoindre les centres de VHU.
En 2016, la France a exporté 103 287 véhicules d’occasion pour 55 625 modèles importés. La part des diesels expédiés en dehors de nos frontières s’élevait déjà à 75%, contre 67% en 2012. Le phénomène devrait logiquement s’amplifier dans les prochains mois. Si les portes de sortie pour revendre des véhicules d’occasion électriques se situent plutôt dans le nord du Vieux Continent (Pays-Bas, pays scandinaves), les diesels prennent plutôt les routes du sud ou de l’est. Certains marchés comme l’Italie demeurent cependant peu évidents à pénétrer pour des questions de taxes.

« La Belgique et l’Autriche sont, avec la France, les principaux pays diéselisés en Europe. Seulement ils importent très peu de véhicules, confie le responsable occasion d’un grand groupe français. Par ailleurs, l’Espagne importe principalement des modèles premiums en diesel. Nous sommes un peu livrés à nous-mêmes avec ces véhicules et le moyen le plus direct pour les vendre est de baisser les prix.»

« Pas de ralentissement à l’exportation »

Spécialiste du remarketing à l’échelle européenne, le groupe BC Auto Enchères travaille activement sur cette problématique. Il confie chercher de nouveaux territoires, mais ne souhaite pas divulguer la liste des pays ciblés. Du côté du loueur de longue durée Arval, les transactions sont assurées depuis l’entité Arval Trading, qui exporte les véhicules dans trente pays européens. La filiale française revend un tiers de ses VO à l’exportation (Euro 6 et Euro 5), principalement en Allemagne, qui sert de plaque tournante pour les pays d’Europe de l’Est, en Espagne, en forte progression depuis l’an passé, ainsi qu’au Portugal, en Pologne et en Slovénie.

« Les modèles des marques françaises ainsi que les breaks se vendent très bien au Portugal, précise Agnès van de Walle, directrice remarketing d’Arval France. Nous n’observons pas de ralentissement de nos ventes de VO diesels à l’exportation. Nous travaillons cependant à développer et diversifier au maximum les canaux de revente de manière à anticiper un éventuel retournement du marché de l’occasion en Europe, pour des questions de politique fiscale ou de réglementation.»

Une telle situation pourrait, par exemple, survenir en Allemagne, où le désamour de ses habitants pour le diesel semble tout aussi important, si ce n’est plus, qu’en France. Surtout depuis février 2018, quand un tribunal administratif a jugé que les villes de Stuttgart et Düsseldorf, aux taux de dioxyde d’azote supérieurs aux normes européennes, devaient interdire la circulation aux vieilles voitures diesels. D’autres villes pourraient connaître le même sort dans les prochains mois. De fait, le journal suisse Le Temps informait récemment que ces véhicules non désirés outre-Rhin étaient bien accueillis en Bulgarie, en Pologne, Roumanie et Ukraine. Plutôt bien entretenus, ces modèles âgés de 5 à 10 ans suscitent un réel intérêt dans ces pays. Selon le quotidien helvète, la Bulgarie a importé 280 000 voitures en 2017, dont au moins 40% étaient des diesels.

Cotonou, le point d’entrée

Naturellement, certains spécialistes n’ont pas manqué de relever que ces exportations ne font que « déplacer le problème de pollution dans l’UE plutôt que le régler ». Un reproche également formulé à l’encontre de l’ensemble de l’Europe par rapport aux véhicules exportés vers l’Afrique (de l’Ouest principalement). L’Agence d’information de l’Afrique centrale estime ainsi entre 4 millions et 5 millions le nombre de véhicules de seconde main quittant l’Europe pour le continent africain, dont 450 000 sont écoulés en Afrique de l’Ouest. Le plus grand point d’entrée de cette région-là est le port de Cotonou, la capitale économique du Bénin, qui voit défiler 340 000 automobiles environ chaque année. En Europe, l’une des principales plaques tournantes pour l’exportation de voitures d’occasion se situe à Anvers. Toutefois, les volumes y ont fortement réduit : de plus de 500 000 unités en 2013 à 241 962 en 2016. En France, le port du Havre affichait il y a deux ans son ambition de capter des flux de VO à exporter vers l’Afrique, avec un objectif de 100 000 unités par an à terme. Or, les principaux pays africains ciblés ne veulent plus être considérés comme la poubelle des pays occidentaux et commencent eux aussi à durcir les conditions d’entrée des véhicules sur leur sol. Ainsi, le gouvernement ivoirien a adopté en décembre 2017 deux décrets relatifs à l’importation et à l’exploitation des véhicules sur son territoire. Pour l’anecdote, ces vieux véhicules en provenance de l’Hexagone sont baptisés « France au revoir ». Désormais, l’âge limite des VO importés est de 5 ans pour les voitures et les taxis, de 7 ans pour les minicars de 9 à 33 places et pour les camionnettes d’une capacité maximale de 5 t, et de 10 ans pour les autocars de plus de 34 places et les camions.

Une étude des Nations unies à venir

En 2013, le Gabon avait frappé fort en interdisant l’entrée sur son sol de VO de plus de 3 ans, avant finalement de porter à 5 ans cette limite en 2016. Le Togo réfléchit également à adopter une mesure similaire. Surtout, le programme des Nations unies pour l’environnement travaille actuellement, en collaboration avec l’Agence d’information de l’Afrique centrale, sur la réalisation d’une étude consacrée à la revente des voitures d’occasion en Afrique. Une étude qui a pour finalité de protéger les pays africains de la pollution automobile.