Avec 15 440 € en moyenne, les VO vendus de professionnel à particulier n’ont jamais été aussi chers que sur l’année 2017. Tel est le résultat des observations effectuées par le Groupe Argus sur les données issues de ses logiciels* : fort d’un historique de 15 millions de transactions qualifiées depuis 2000, enrichi par un flux de 1,5 million de nouvelles transactions par an, cet échantillon, représentatif de 70% du marché B2C français, a permis de mettre en évidence l’inexorable progression des prix de vente, à hauteur de +13% entre 2012 et 2017.




Intuitivement, cette progression généralisée des prix de transaction a pourtant de quoi surprendre, dans un contexte où l’inflation en France demeure au plus bas niveau depuis une quinzaine d’années : entre janvier 2012 et janvier 2017, l’indice des prix à la consommation n’a ainsi augmenté que de +3,7 points selon les chiffres de l’INSEE.

Dès lors, comment expliquer cette augmentation ? Certes, l’échantillon utilisé par l’Argus ne peut se targuer d’être exhaustif, puisqu’il se concentre sur des VO vendus par des concessionnaires, généralement labellisés et âgés de 3 à 4 ans maximum. Aussi restreint soit-il, cet échantillon a l’avantage de présenter une certaine homogénéité en termes de services associés, d’état du véhicule, de kilométrage. Le prix des VO échangés entre particuliers, quant à lui, fera l’objet d’une étude ultérieure par l’Argus.

Le come-back du moteur essence


Dans le détail, la hausse ne touche pas tous les types de véhicules de manière égale. Ce sont les moteurs essence qui subissent la plus forte hausse ces cinq dernières années, avec + 30% entre 2012 et 2017, ce qui tend à réduire l’écart entre leurs prix de transaction et ceux de leurs homologues diesel.

 



Une hausse de prix conséquence d’une véritable pénurie de véhicules à essence constatée depuis peu dans les réseaux, au point de faire flamber leurs cours, sans que l’arrivée de volumes plus conséquents en seconde main ne permette de renverser la tendance. De quoi sensiblement tirer vers le haut l’ensemble des prix de transaction.

Le VO, miroir de l’évolution du VN ?


Parmi les autres éléments d’explication, on pourrait imaginer que la progression des prix des VO soit simplement la répercussion de l’évolution des prix moyens des VN immatriculés. Certes, le prix de la « voiture moyenne », calculé et publié tous les ans par l’Argus (confer L’argus édition Pro - supplément Statistiques 2016) a augmenté dans les mêmes proportions : de 22 486€ en 2012, elle est passée à 25 828€ en 2016, soit +14,8% en cinq ans.


 

Ci-dessus : évolution du prix catalogue neuf de la Voiture Moyenne depuis 2010. Source : L’Argus.


Toutefois, alors que la part des particuliers parmi les acheteurs de VN ne cesse de reculer (49,5% en 2017 contre 51,9% en 2015) au profit des loueurs, flottes ou des immatriculations « tactiques » des constructeurs, difficile de considérer ce prix catalogue comme réellement pertinent et représentatif de la réalité du marché VN.

En revanche, une chose est certaine : dans un contexte de montée en gamme du VN, tous les paramètres de la « voiture moyenne » progressent d’année en année, de ses dimensions à sa puissance, en passant par ses performances, sans pour autant occasionner une consommation supérieure. La conséquence sur le marché de la seconde main, c’est que la valeur d’usage d’un VO est aujourd'hui bien supérieure à ce qu’elle était il y a 10 ou 20 ans.

Des VO de moins en moins kilométrés


Outre les prestations du véhicule, son kilométrage constitue un autre paramètre important pour définir sa valeur vénale : qui dit VO moins kilométré dit VO plus cher. Et en l’occurrence, les Français tendant à rouler moins, on ne s’étonnera donc pas que les VO présents sur le marché soient de moins en moins kilométrés. C’est, du moins, ce qui ressort de l’analyse effectuée par l’Argus sur les VO de 0 à 3 ans présents dans les parcs des professionnels équipés par les outils de gestion du Groupe Argus : en 2017, ces véhicules avaient parcouru en moyenne 14 593 km par an, toutes énergies confondues : c’est 14,5% de moins qu’en 2012, où le kilométrage annuel moyen s’élevait 17 073 km.


 




D'autres facteurs externes peuvent également contribuer à cette tendance à la hausse des prix de vente. Parmi eux, l’essor des offres de LOA ou LLD sur les véhicules d’occasion, sans oublier le crédit automobile dont les faibles taux permettent aux particuliers de monter en gamme bien plus facilement que par le passé. Ou encore le développement des échanges de particulier à particulier, facilités par l’avènement des plates-formes de vente C2C sur Internet, au point de représenter aujourd'hui plus de 60% du total du marché VO. A titre d’exemple, d’après les mesures effectuées par AutoVisual, le nombre d’annonces VO de particulier publiées sur Leboncoin.fr est passé de 4,56 millions en 2015 à 6,17 millions en 2017. Soit une progression de +35,2% en deux ans, constituée surtout de VO anciens et à petits prix. De quoi laisser les professionnels se concentrer sur les occasions plus chères, génératrices de meilleures marges.

Le VO n’est plus le parent pauvre de la distribution


Toutefois, le renchérissement des VO ne tient probablement pas uniquement à des facteurs exogènes, mais aussi aux performances de la profession automobile. Au fil des ans, distributeurs, marchands VO et filiales de constructeurs n’ont cessé de progresser en termes de digitalisation, de service, de gestion du lead, de suivi de la performance, afin de faire de leur activité occasion un véritable centre de profit. Par conséquent, malgré la concurrence du VN à petit prix, des mandataires, des achats à particulier, les professionnels français vendent toujours mieux, et plus vite, et donc potentiellement plus cher : Pour l’essence en particulier, sur lequel nous évoquions plus haut des phénomènes de pénurie, le délai de rotation B2C moyen a régressé de 68 jours en 2012, à seulement 58 jours en 2017. Mais le diesel n’est pas en reste, avec 5 jours de rotation gagnés entre 2013 (79 jours) et 2017 (74 jours).

 

*Planet VO, Planet VO² et Cardiff VO