Au titre de l’exercice 2017, Michelin a publié des résultats financiers de très bonne facture, Jean-Dominique Senard, président du groupe, soulignant un chiffre d’affaires en hausse de 5 %, à 21,96 milliards d’euros, et un résultat net « historique » en progression de 1,4 % à 1,69 milliard d’euros. Le résultat opérationnel se contracte légèrement, passant de 12,9 % (en 2016) à 12,5 % (2017), tandis que le cash flow libre structurel progresse significativement, plus d’1,5 milliard d’euros contre 961 millions en 2016. « Nous respectons les temps de passage intermédiaires de notre plan 2020 et nous avons fait montre d’une belle agilité dans un environnement externe plus difficile », souligne Jean-Dominique Senard.

Pricing power


D’une manière générale, la croissance des volumes s’est établie à 2,6 % et, associée à une politique tarifaire volontariste (+ 2,5 %), cela a permis de compenser la hausse des prix des matières premières, notamment le caoutchouc naturel. « La tension sur les prix a eu tendance à se stabiliser en Amérique du nord et en Asie, mais elle est restée vive en Europe. D'où nos ajustements de pricing, car l’essentiel est de maintenir nos marges. Ce sera encore l’objectif cette année », explique par ailleurs Jean-Dominique Senard.

Sur le segment « Tourisme Camionnette », le marché mondial première monte et remplacement a affiché une croissance de 3 % en volume.
En première monte, on note une légère croissance en Europe (+ 1 % hors Russie et CEI et + 2 % avec) et un recul en Amérique du nord (- 4 %), corrélé à la baisse de la production automobile. En Asie (hors Inde), la demande progresse de 2 % et la croissance du marché chinois ralentit à 2 % et laisse apparaître un essor des SUV et des véhicules premium et un recul des petits véhicules suite à la baisse des aides gouvernementales. Enfin, l’Amérique du Sud bondit de 20 %.
Pour le remplacement, le marché européen enregistre une croissance de 4 % (3 % pour la France et 1 % pour l’Allemagne), malgré le net repli du Royaume-Uni (- 8 %) et dans une moindre mesure, des pays nordiques (- 4 %).  L’Europe centrale et l’Europe orientale affichent des croissances dynamiques, respectivement de + 12 % et + 16 %.  « La performance des pneus All season s’est confirmée tout au long de l’année avec une croissance forte sur la zone Europe », précise le groupe, qui a largement tiré profit du succès du Cross Climate. La stabilité était de mise en Amérique du Nord, tandis que le marché chinois (+ 7 %) a été la locomotive de la zone Asie (+ 4 %, hors Inde), et que l’Amérique du Sud a retrouvé de l’allant (+ 9%), notamment grâce au Brésil (+ 15 %).

Forte rentabilité sur les activités de spécialités


Par ailleurs, le segment du poids lourd (pneus radial et bias) a enregistré une très forte croissance en première monte (+ 17 %), le remplacement s’avérant plus étale (+ 1 %). En outre, pour les activités de spécialités (génie civil, agricole, deux-roues et avion), la croissance a été très vigoureuse, particulièrement pour les pneus pour mines et sur les enveloppes agraires.

Au final, sur l’année 2017, Michelin dégage une marge opérationnelle sur activité courante de 12,4 % en « Tourisme camionnette et distribution associée », de 8,1 % pour le poids lourd et de 20,6 pour les activités de spécialités.

Pour 2018, la direction de Michelin émet des prévisions prudentes avec un marché mondial « Tourisme Camionnette » en progression de 1,5 à 2,5 %, un marché poids lourd entre 0 et + 1 % et un marché de spécialités compris entre + 5 et + 7 %. « Notre croissance devrait suivre celle des marchés et notre résultat opérationnel sera orienté à la hausse. Sur la base de janvier 2018, nous anticipons un impact des parités de l’ordre de 300 millions d’euros, tandis que l’effet du coût des matières premières sera compris entre 50 et 100 millions d’euros. L’effet prix-mix / matières premières et le ratio plan de compétitivité versus inflation seront positifs », commente Jean-Dominique Senard.

Une foi dans le premium


Par ailleurs, il a confirmé les grands axes stratégiques du plan 2020. Primo, une forte pénétration sur les produits premium ou haut de gamme en « Tourisme Camionnette » en Amérique du Nord et en Asie. Michelin fait beaucoup mieux que le marché sur le segment des 18 pouces, + 19 % par rapport à + 13 %, ainsi que sur celui des 19 pouces et plus, + 34 % par rapport à + 16 %. A ce propos, Jean-Dominique Senard a réaffirmé sa profonde conviction par rapport au positionnement sur le premium, citant en exemple l’accord récemment conclu avec Ashok Leyland en Inde et les orientations retenues : « Les choses évoluent et nos efforts sur les technologies, l’environnement et les services vont aussi payer sur ces marchés dans les années à venir ». Secundo, des investissements soutenus sur l’innovation, notamment les matériaux de haute technologie. Tertio, la poursuite de la digitalisation. Enfin, la recherche d’excellence dans la distribution, incluant naturellement le e-retail. « Nous atteindrons nos objectifs financiers annoncés pour 2020, notamment un ROCE après impôts supérieur ou égal à 15 % », assène Jean-Dominique Senard, avant de conclure en rappelant « son absolue confiance en Florent Menegaux pour assurer sa succession ». Soulignant qu’il fallait attendre la validation du conseil d’administration, Florent Menegaux a toutefois glissé qu’il était en plein accord avec le cap fixé par son président et qu’il s’inscrirait donc dans une logique de continuité.