En 2018, peut-être en 2019, le groupe francilien NEP Car, fondé par René Paumier et dirigé par son fils Cyrille (52 ans), quittera sa concession historique de l’avenue François-Mitterrand, au centre de Chelles (77), limitrophe de la Seine-Saint-Denis, pour la principale zone commerciale de la ville. Ce déménagement, qui se fait attendre depuis plus d’un an, se veut le reflet d’un mouvement de fond opéré dans la distribution automobile depuis plusieurs années. Les concessions désertent les centres urbains pour mieux pousser dans des zones plus reculées.

Une page va se tourner

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Passionné de sport, Cyrille Paumier a succédé à son père à la tête du groupe au début des années 2000
Il faut toutefois préciser que l’affaire Renault-Dacia, coincée entre des habitations et la ligne de chemin de fer Paris-Meaux, est devenue trop étroite et, surtout, n’a rien de l’écrin moderne et 2.0 prôné par les concédants. Une page va donc se tourner pour le groupe, présent depuis 1984 avec Renault dans la ville de Seine-et-Marne la plus peuplée. Cyrille Paumier, qui a pris les commandes du groupe au début des années 2000, observe ce changement à venir avec lucidité et pragmatisme.

« Les nouveaux projets de construction et de revitalisation des villes en Île-de-France, l’arrivée du Grand Paris ou les flux des clients qui changent, tout cela soulève des questions quant à la pertinence de nos implantations, dont certaines ont plus de 30 ans. Nous voyons clairement que les villes souhaitent pousser les activités automobiles à l’extérieur. Sur le fond, ce n’est pas idiot de rassembler les concessions dans des pôles automobiles. »

Manque de place, coût du mètre carré exorbitant... Le dirigeant ne découvre pas les problématiques de la distribution automobile en région parisienne. Et puis il en a vu d’autres... En 2005, au plus fort des émeutes démarrées à Clichy-sous-Bois, son groupe a été victime de la destruction totale de sa concession Renault à Aulnay-sous-Bois, qui, avec 1 500 VN, représentait alors le gros des ventes. « Nos affaires de Sarcelles et de Villepinte ont aussi été attaquées. Heureusement, la police est intervenue à temps. » Quelques mois plus tard, les dirigeants rachetaient l’ancienne concession Mazda de la ville pour y relancer la distribution de Renault. « En termes de volume, ce n’était pas comparable, mais ça nous a permis de poursuivre l’activité. »

« En quête de développement »

Cette période charnière voit également le groupe venir au multimarquisme, via la prise du panneau Hyundai à Villepinte, en 2005, puis à Chelles, l’année suivante. Une orientation en décalage par rapport à la logique de l’époque, qui voulait que les distributeurs Renault investissent dans des affaires Nissan.

« Nous étions intéressés par cette marque, seulement il fallait racheter les concessions. Or, nous avions des bâtiments disponibles. D’un point de vue économique et stratégique, il était plus judicieux de trouver un constructeur en quête de développement sur notre territoire que d’acheter des affaires. Notre choix s’est porté sur Hyundai, qui avait des SUV et dont le rapport prix/équipement était en adéquation avec notre clientèle. »

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Le groupe ouvre un 3e site Hyundai en 2014
Le groupe NEP Car quadrille alors la partie nord-est de Paris de manière cohérente, avec une marque historique et une autre en devenir. Mais l’équilibre va se trouver fragilisé lors de la crise de 2008. Le groupe doit se restructurer. En 2013, il ferme la concession d’Aulnay-sous-Bois, quittant définitivement la ville. Il fera de même à Sarcelles deux ans plus tard. « Les rentabilités ont toujours été compliquées sur notre territoire, elles se sont dégradées au fil des ans. Les villes et leur population ont subi plus durement les conséquences de la crise. L’accès au crédit à la consommation s’est largement sévérisé et les opportunités d’achat se sont de fait amoindries. »Porté par les ventes aux entreprises, qui représentent plus de 60% de son volume, le groupe a vendu 4 600 VN l’an dernier, pour un chiffre d’affaires de 120 M€. Il a trouvé son rythme de croisière et entend avant tout renforcer la représentation des marques actuelles.

« À l’écoute des opportunités »

2001. NEP Car rachète quatre concessions au groupe Verdier
À l’image du rachat en 2001 des concessions du groupe Verdier (Villepinte, Aulnay-sous-Bois, Gonesse et l’annexe de Longperrier), qui ont permis à l’entité de solidifier sa position et d’approcher les 5 000 VN, Cyrille Paumier se dit « à l’écoute des opportunités » afin de développer le groupe sur ses bases.

« Mais nous n’avons pas l’obsession de grossir. Nous restons une petite entreprise familiale. Nos sites sont des épiceries de proximité de l’automobile. Ce qui nous anime véritablement, c’est la richesse des relations avec les collaborateurs et la clientèle. Au final, le professionnalisme de nos équipes fera la différence, associé évidemment à la modernisation de nos établissements, qui me paraît incontournable », formule le dirigeant.

Pour illustrer ses propos, il ressort des cartons le dépliant qui était remis aux collaborateurs il y a plus de vingt ans. Il détaille les valeurs défendues par l’entreprise : primauté du client, solidarité, formation, qualité.« Elles sont toujours d’actualité. Notre cheval de bataille est de structurer les effectifs et de préparer nos collaborateurs à la demande de demain, de manière à assurer la pérennité de l’entreprise. » Cyrille Paumier sera toujours au premier rang pour observer ces mutations. En revanche, il ne se fait guère d’illusion sur l’arrivée d’une troisième génération pour pérenniser la société familiale.