Coup de théâtre chez Opel. Le constructeur allemand, en cours de cession à PSA, a annoncé le remplacement de son patron, Karl-Thomas Neumann, après quatre ans passés à tenter de redresser la marque à l'éclair.

Karl-Thomas Neumann, 56 ans, a démissionné ce lundi 12 juin 2017, avec effet immédiat, de sa fonction de président du directoire, organe de décision dont il restera toutefois membre jusqu'à la finalisation de la vente à PSA.

"Michael Lohscheller devient le nouveau chef d'Opel", a indiqué le constructeur.

Agé de 48 ans, M. Lohscheller était directeur financier d'Opel depuis juillet 2014. Auparavant, il avait travaillé chez Daimler, Volkswagen ou encore Mitsubishi.

Une décision personnelle difficile


Karl-Thomas Neumann, aux commandes de la marque allemande Opel et de sa jumelle britannique Vauxhall depuis 2013, n'a pas donné les raisons de son départ, évoquant simplement une "décision personnelle difficile".

"Je n'ai aucun doute sur le fait qu'Opel/Vauxhall sortira encore plus fort" de son rapprochement avec PSA, a-t-il déclaré dans le communiqué.


Le 11 juin, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) évoquait déjà son retrait, affirmant que le dirigeant restait convaincu par l'alliance avec PSA mais redoutait que le français mise moins sur la voiture électrique et concentre toutes les décisions dans le futur groupe.

Carlos Tavares, patron de PSA, a promptement réagi à l'annonce d'Opel. "Nous soutenons pleinement la décision de nommer M. Lohscheller qui sera entouré des meilleurs talents (...) pour amener l’entreprise vers de nouveaux horizons", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Un bilan mitigé


Ancien patron de l'équipementier automobile Continental passé par plusieurs postes chez Volkswagen, Karl-Thomas Neumann avait eu pour mission de remettre à flots l'enfant à problèmes de GM.

Mais il laisse derrière lui un bilan en demi-teinte, ayant échoué à faire repasser Opel dans le vert.

Opel a ainsi enregistré l'an dernier une perte annuelle de 257 millions de dollars, un revers de fortune mis sur le dos du vote sur le Brexit et de la dévaluation de la livre mais qui révèle des problèmes plus profonds, comme une limitation au marché européen, des surcapacités et des produits inadaptés.

La marque à l'éclair a toutefois réussi à réduire ses pertes et à mettre fin à l'hémorragie de ses parts de marché. Des progrès dans l'image d'Opel ainsi que le coup de jeune sur la gamme, avec des véhicules comme l'Adam et le Mokka, sont également à mettre à son actif.

Une image améliorée



"Il a donné à Opel une reconnaissance, une image améliorée et une confiance en soi renforcée", a d'ailleurs salué le président du comité d'entreprise d'Opel/Vauxhall, Wolfgang Schäfer-Klug.


Si les salariés sont plutôt favorables au rapprochement avec PSA, ils s'inquiètent de l'après-2018, date à partir de laquelle les accords sociaux excluant le licenciement économique dans les usines allemandes ne seront plus valables.

"La seule chose qui protège les salariés, ce sont les bénéfices", a estimé Carlos Tavares dans un entretien à la FAZ paru le 11 juin 2017, en répétant qu'Opel devra renouer avec les bénéfices au plus tard en 2020.

Une fois l'acquisition d'Opel/Vauxhall finalisée, PSA donnera 100 jours à Opel pour lui présenter un plan de redressement.

"Cela veut dire passer en revue les structures de coûts, et en tant que directeur financier, Michael Lohscheller est sans doute le mieux placé pour le faire", relève Ferdinand Dudenhöffer, de l'institut de recherche spécialisé CAR.


Selon l'expert, la restructuration à venir pourrait conduire à la suppression de 6.000 postes chez Opel/Vauxhall.