Une évolution des besoins de mobilité…

La mobilité des personnes, traditionnellement évaluée en voyageurs par kilomètre, connaît une augmentation quasiment ininterrompue depuis le début des années 1990. Les besoins vont croissant, liés à l’étalement urbain, au développement de quartiers résidentiels dans des zones péri-urbaines peu ou pas desservies par les transports en commun, à l’évolution des modes de vie ainsi que de travail.

Les déplacements sont donc de plus en plus fréquents, de plus en plus conséquents… et s’opèrent encore à 80% en voiture particulière : un fait à rebours des idées reçues, qui montre que le réseau de transports en commun n’est pas encore capable de suppléer aux modes individuels. En témoigne notamment un taux de motorisation des ménages quasi stable en France depuis 1990 – avec même une légère augmentation des ménages équipés de 2 voitures et plus.

Et des usages …

Pour répondre aux besoins croissants de mobilité, les usages se sont adaptés : à l’intermodalité, principalement développée dans les grandes unités urbaines, s’ajoute désormais l’autopartage. Le véhicule particulier se prête, se loue, s’ouvre aux voisins, aux collègues, aux inconnus parfois : on compte ainsi presque 12 millions de Français inscrits sur des sites de covoiturage, plusieurs dizaines de milliers de véhicules proposés en autopartage sur Internet.

Alors que les usages de la mobilité individuelle évoluent rapidement au gré des innovations technologiques et servicielles, la composition des parcs, elle, ne connaît pas de grandes révolutions : l’âge moyen du parc automobile augmente chaque année (8,8 ans au 1er janvier 2016), le mix énergétique, pourtant appelé des vœux des politiques, a du mal à émerger (0,9% des véhicules vendus sont électriques en 2016). L’âge moyen du parc contrôlé a pris presque un an entre 2006 et 2015 (10,5 ans à 11,4 ans).

Une meilleure gestion des parcs automobiles


L’on comprend rapidement qu’un parc automobile vieillissant, toujours plus utilisé et désormais partagé, nécessite plus que jamais un contrôle et un entretien plus réguliers. L’émergence du véhicule connecté, s’il peut, grâce à la maintenance prédictive, inciter les automobilistes à un meilleur entretien, oblige également à une nouvelle gestion des parcs automobiles, avec une adaptation nécessaire des services à l’objet – et à un automobiliste de plus en plus materné… et de moins en moins concerné !

Il est temps, pour les pouvoirs publics, de mettre en place une réelle politique de gestion des parcs, que le CNPA appelle de ses vœux depuis plusieurs années, au bénéfice de la sécurité routière mais aussi de la préservation de l’environnement.

Le rôle essentiel du contrôle technique

Le contrôle technique est la pierre angulaire de cette politique de gestion des parcs : les centres agréés par l’État voient passer chaque année plus de 25 millions de véhicules, dont ils contrôlent la conformité avec les exigences réglementaires en matière d’émissions ou de sécurité.

Pour que le contrôle technique puisse pleinement jouer ce rôle essentiel, il faut que la réglementation qui lui est liée évolue en même temps que les véhicules qu’il est amené à contrôler ainsi qu’avec les exigences environnementales. Cela nécessite d’une part de prendre en compte la contrôlabilité dans la conception des véhicules ; d’autre part de
garantir des moyens, notamment économiques, suffisants aux centres agréés. 

La rentabilité des centres mise à mal

En effet, les contrôleurs techniques peinent aujourd’hui à investir dans les équipements nécessaires pour répondre aux évolutions réglementaires des contrôles : leur faible rentabilité et la concurrence accrue de centres low cost mettent à mal une profession agréée par l’État, qui lui délègue une part essentielle de son action en matière de sécurité routière et de santé publique.

Cette situation économique délicate vient s’ajouter, comme pour toutes les obligations réglementaires, à un déficit d’image. Malheureusement, lorsque les pouvoirs publics se refusent à renforcer le contrôle technique pour des raisons économiques, ils entretiennent, parfois malgré eux, cette image. Il a pourtant été prouvé que cet outil étatique servait davantage les ménages les plus défavorisés que les ménages aisés et qu’une annualisation du contrôle, à partir de la 7ème année de mise en circulation d’un véhicule, aurait un impact bénéfique sur la sécurité routière, l’environnement… mais également sur le portefeuille des ménages, en évitant des réparations coûteuses.

Alors que la lutte contre les émissions des véhicules a pris une part importante dans les débats de la présidentielle, alors que le nombre de décès sur les routes constitue toujours un défi essentiel à relever pour le futur Gouvernement, il est temps que les pouvoirs publics réévaluent l’intérêt de cet outil : un renforcement des contrôles, allié à une campagne de valorisation du contrôle technique et des aides fiscales pour les investissements à venir, font partie des revendications que le CNPA portera auprès des futures équipes ministérielles en charge de ces sujets.

Bernard Bourrier
Président national du métier contrôle technique du CNPA