C’est un communiqué de presse plutôt inhabituel qui nous a été envoyé mardi 28 mars 2018. L’expéditeur : le cabinet d’avocats Carler, qui a été désigné par le groupe Métin pour mener la cession au groupe Gueudet. D’abord notifié sur le site de l’autorité de la concurrence début février, le rachat a été acté le 19 mars 2018. Le groupe Gueudet, 2e opérateur de notre dernier top 100, a ainsi fait main basse sur un groupe pesant 421M€ de chiffre d’affaires en 2016 (21e du top 100). Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Après l’acquisition du groupe Schuller par PGA Motors en 2015, et celle de PGA par Emil Frey en 2017, il s’agit de la troisième plus grosse opération observée dans le secteur ces dernières années.

Spécialisé dans les fusions-acquisitions dans différents secteurs d’activité, le cabinet d’avocats Carler, qui travaille avec un autre groupe de distribution automobile basé en Ile-de-France, a été sollicité par les dirigeants du groupe francilien pour « réaliser l’ensemble des opérations nécessaires au rapprochement des deux entreprises. Une intervention qui s’est étalée sur 15 mois ; de l’élaboration de la stratégie de cession, la préparation du groupe à la cession, à la conduite intégrale de la procédure d’open bid, jusqu’au signing et closing », détaille maître Bénédict Vidal, qui a mené le dossier. Il est à noter que les dirigeants de groupe de distribution ne font que rarement appel à des cabinets d’avocats, voire à des banques d’affaires, pour mener ce genre d’opérations. « Dans la distribution automobile, où les structures demeurent principalement familiales, il s’agit davantage de contacts directs ou alors de gré à gré. Mais ce type de procédure peut être amené à se développer car elle permet d’obtenir de meilleures conditions du fait de la mise en concurrence des repreneurs. Elle se justifie toutefois sur des opérations à enjeux importants », souligne Bénédict Vidal.

Des points de vue divergents


Les premières discussions et réflexions entre les actionnaires familiaux du groupe Métin sont intervenues au début de l’exercice 2017. A l’époque, le groupe n’était pas encore vendeur mais des divergences de point de vue sont apparues entre les différents actionnaires. Certains ont commencé à avancer l’option d’une cession quand d’autres privilégiaient la poursuite des activités. Un audit financier a donc été réalisé au printemps par la société Eight Advisory. Celui-ci a mis en évidence que le groupe devait investir plusieurs dizaines de millions d’euros pour poursuivre son développement. Si une vente par appartement a d’abord été évoquée, les actionnaires ont finalement pris la décision de céder l’ensemble du groupe.

Dans le cadre de l’opération dit « d’open bid », le cabinet Carler a donc ciblé entre 50 et 60 potentiels acquéreurs, principalement des gros groupes français mais aussi étrangers avec des chiffres d’affaires à la hauteur, voire supérieurs à celui du cédant. L’absence totale d’intérêt des groupes étrangers contactés permet de mieux comprendre pourquoi ils demeurent peu présents sur le marché hexagonal (à l’exception d’Emil Frey et du groupe Emond). Un deuxième tour de table a permis d’isoler une dizaine de candidats, avec lesquels une lettre d’intention non exclusive a été signée. « Pour chacun d’entre eux, nous avons créé ce que nous appelons des data room électroniques, leur permettant de consulter les informations relatives à l’ensemble des sociétés du cédant », précise Bénédict Vidal. A la fin de l’année 2017, seuls trois repreneurs restaient en course.

Gueudet, le mieux-disant financièrement


Le groupe dirigé par Cyril Gueudet a finalement été choisi sur la base de plusieurs critères : « il était de loin le plus solide sur le plan financier, il a une culture familiale assez proche de celle du groupe Métin et ce rachat lui offrait à la fois une complémentarité de marque mais aussi régionale, détaille maître Vidal. Enfin, il s’est montré le plus efficient dans le processus d’acquisition grâce à la mise en place d’une équipe plus restreinte et réactive ».

Les constructeurs représentés ont-ils eu leur mot à dire ? « Nous avons pris le soin dès le départ d’associer Peugeot et Volkswagen dans les discussions. Mais nous ne pouvons pas affirmer qu’ils ont eu leur mot à dire dans le choix du repreneur. De manière générale, ils peuvent aiguiller ou guider la décision, mais il s’est avéré que les groupes qu’ils avaient ciblés n’étaient pas les plus motivés », précise l’avocat.

Croissance trop rapide ?


Cette cession soulève des questions au regard de l’ancienneté du groupe Métin et surtout de sa croissance au cours des dernières années. A-t-il grossi trop vite, à l’image du groupe Schuller quelques années plus tôt, ou fait de mauvais choix ? Si l’on en croit certains observateurs, le rachat en 2014 de la concession Zanetti Automobiles, représentant Volkswagen et Skoda à Maisons-Alfort (94), ou encore l’acquisition de certaines filiales Peugeot se sont révélés plus difficile à digérer que prévu.

« Le groupe a connu une accélération brutale de sa croissance en l’espace de quatre ans. De fait, les besoins en fonds de roulement augmentent de manière tout aussi importante, expose Bénédict Vidal. La famille Métin avait déjà investi une somme significative pour développer le groupe. Elle aurait pu continuer à condition de débourser encore beaucoup d’argent. De manière plus générale, tous ces projets de cathédrales dans lesquels les groupes doivent investir coûtent extrêmement cher. Aujourd’hui, il faut des ressources financières conséquentes, et certains acteurs qui pèsent entre 200 et 400M€ ne sont pas forcément bien préparés. Il est donc évident que la concentration va s’accélérer ». Un point sur lequel tout le monde s’accorde.