L'association des constructeurs européens ACEA l'a déjà dit, la volonté de Bruxelles de baisser les émissions des VN de 15% en 2025 et de 30% en 2030 par rapport à 2021 est "très agressive". D'autres ont pris la parole peu après, comme l'association VDA, qui porte la voix des constructeurs allemands : "Les progrès accomplis jusqu'alors en matière d'émissions de CO2 sont en substance du au diesel, qui, comparativement à un modèle équivalent à essence, a un avantage de 15 % de consommation " indique un communiqué. De ce fait, VDA pointe le fait qu'il s'agirait d' "une erreur" que d'écarter le diesel du cadre de la politique de lutte contre le CO2.

VDA est en effet assez remonté car "pour parvenir à de tels progrès de réduction des émissions (...) optimiser les moteurs à combustion interne n'est pas suffisant". Il faudrait donc compter sur un développement massif des véhicules électriques, ce que personne n'a encore observé ni prédit.

L'équation est la suivante pour les constructeurs : à compter de 2025, ils devront observer un taux d'émission moyen pour leur gamme de 80,7 g / CO2 / KM (95g-15%). Or, trois faits se télescopent à l'heure actuelle : la chute des ventes de diesels sur les marchés d'Europe, d'abord : -17,9% de VN au gazole en octobre en Allemagne, +3,5% en France mais -5,1% au cumul des 10 mois, et surtout -14,9% de diesels neufs vendus en Angleterre depuis le début de l'année. L'Italie fait pour l'instant figure d'exception...

La dé-diésélisation est réellement en marche, et tout ceci profite aux moteurs à essence. Or, ces moteurs émettent plus de CO2, que les diesels. Illustration. En France, le mois dernier, les moteurs à essence ont largement dominé le marché du VN. Conséquence, "en octobre, les émissions moyennes de CO2 des voitures augmentent de 0,4 g après une baisse de 1,1 g les deux derniers mois. Elles s'établissent à 110,9 g/km" explique le service des statistiques du ministère de l'Environnement. Ce qui signifie... que pour l'instant, les émissions moyennes de CO2 des VN en France sont supérieures à ce qu'elles étaient fin 2016 (110,2 g).

Les constructeurs pourraient faire fi de cette donnée. Sauf qu'ils sont menacés d'amendes en cas de dépassement des objectifs CO2 fixés par Bruxelles. Le groupe PSA, par exemple,  a largement abordé le sujet dans un rapport publié au début de l'année : "En cas de non-respect des seuils de consommation ou d'émissions fixés par les règlementations (...) le risque annuel pour un groupe de la taille de PSA est de l'ordre de 1 à 2 milliards d'euros de perte de chiffre d'affaires" est-il expliqué.
Sachant que PSA est l'un des constructeurs les plus vertueux en matière d'émissions de CO2 de ses modèles, les constructeurs allemands ont des raisons de s'inquiéter.