Parfois, la naissance d’un groupe ne tient pas à grand-chose, juste à une envie. Tout est parti du grand-père, André Barbier. Il était à la tête d’une société de déménagement à Paris, mais sa passion, c’était le bateau. Il avait la bosse du commerce et l’un de ses trois fils, Yvan, le père de Loïc, à la tête aujourd’hui de la holding familiale Eurolding, était mécanicien. Autant de bonnes raisons pour qu’en 1965, André quitte la capitale pour s’installer à La Rochelle et ouvrir un garage au cœur de la ville blanche. « Il distribuait Fiat et Jaguar », se souvient Loïc, né au-dessus du garage.

Coup de frein brutal


groupe barbier la rochelle
Nicolas Barbier et Loïc Barbier, la troisième génération du groupe familial
Huit ans plus tard, secondé par ses deux autres fils, Alain et Roland, André, dont l’affaire est trop à l’étroit dans le centre, s’installe à l’extérieur de la ville, dans la zone de Beaulieu, où, pour quelques mois encore, la concession aujourd’hui Opel et Kia se trouve toujours. À cette époque, il décide de prendre le panneau Renault. Il dirige, ses fils se partageant les rôles : Roland est aux pièces de rechange, Alain au commerce et Yvan à l’après-vente.
Les cousins Nicolas et Loïc, troisième génération Barbier, sont deux des quatre dirigeants du groupe. Pendant treize ans, la famille Barbier se fait un nom dans cette ville réputée fermée et se développe. « Dans les années 1980, nous représentions 50 % de part de marché et nous avions près d’une centaine de collaborateurs », rappelle Loïc.

Malheureusement, Renault donnera un coup de frein brutal à cette belle croissance. En 1986, le Losange décide de restructurer son réseau et les Barbier perdent le panneau au profit d’un autre acteur de la région. Du jour au lendemain, la famille n’a plus rien. « Cette période très sombre a beaucoup affecté mon grand-père », glisse pudiquement Loïc. Soutenu par ses fils, André ne se laisse pas abattre.

Il se lance dans le multimarquisme pendant un an, puis achète le panneau Opel à une autre Rochelais, la famille Cormier. Il faut tout reprendre à zéro. « De cent voitures par mois, nous n’en faisions plus que cent par an. » La famille ne baisse pas les bras et s’appuie sur sa renommée et son sens du service. Une stratégie payante : certains clients abandonnent Renault pour acheter Opel.

Incursion en Vendée


Ce coup dur porté par la marque française va permettre à la deuxième génération Barbier et surtout à la troisième de ne plus se reposer sur une seule marque. Au milieu des années 2000, la famille prend Kia dans son giron, d’abord à La Rochelle, puis à Rochefort, et intègre également Seat et Hyundai. En parallèle, elle fera une incursion en Vendée, avec Opel et Chevrolet, une situation qui prendra fin l’an dernier après une vente au groupe Dubreuil, bien que l’affaire soit devenue enfin rentable vers la fin des années 2000. C’est aussi au cours de ces années-là que la troisième génération reprend pleinement les rênes du groupe. Nous sommes en 2007, un an avant la crise, à une période où Opel n’est pas au mieux de sa forme.

« Je ne vous cache pas que ça a été compliqué et que les repas de famille avec mon père et mes oncles ont parfois été houleux », se rappelle Loïc, le plus âgé des quatre petits-enfants d’André qui sont restés dans l’automobile sur les six qu’il a eus.

Comme à l’époque du grand-père, les attributions entre les frères et les cousins sont bien réparties. Entré le premier dans l’entreprise familiale après avoir commencé comme préparateur VO, puis commercial, chef des ventes et directeur de site, Loïc est aujourd’hui à la tête de la holding, tandis que son frère Laurent et ses cousins Bruno et Nicolas sont codirigeants avec des postes bien précis : Laurent s’occupe du magasin chez Hyundai et Seat, Bruno gère les relations avec les banques, les assureurs et est aussi directeur des marques Hyundai, Seat et Volvo, Nicolas est responsable VO. Y aura-t-il une quatrième génération ? Rien n’est moins sûr. « Ils ont une approche différente, résume Loïc sans donner plus de détails. Je ne les pousserai pas, mais s’ils souhaitent rejoindre l’entreprise, ils sont les bienvenus. »

Retour dans les années 2010. Sous la houlette de Loïc, la famille s’étend à Saintes, avec l’ouverture de Seat, puis de Kia. En 2013, le groupe se lance dans le haut de gamme et reprend à Sipa la distribution de Volvo à La Rochelle. « Un excellent investissement. Une partie de notre clientèle gagnait en pouvoir d’achat et nous ne pouvions plus les satisfaire avec les modèles que nous distribuions. » En s’appuyant sur le tissu relationnel du groupe, les ventes de la marque suédoise ont été multipliées par quatre depuis l’acquisition.

« Trop compliqué, trop loin »


La famille ne souhaite pas s’arrêter là. « Nous cherchons dans un rayon d’une centaine de kilomètres », indique Loïc. Pour autant, il souhaite poursuivre avec les marques qu’il connaît et conserver cette approche familiale et cette relation avec sa clientèle qui fait aujourd’hui la force du groupe. Et surtout ne pas refaire l’erreur commise en 2012 : « Nous avions repris Seat et Skoda à Angoulême. C’était trop compliqué, trop loin pour nous, l’aventure n’a duré qu’un an. Nous sommes un groupe de proximité, chaque affaire est au moins visitée une fois par semaine pour être au plus près des clients et du marché. » Cette proximité, il l’a héritée de son grand-père, décédé en 1994. « Nous avons d’ailleurs encore quelques clients qui l’ont côtoyé. » Même relation avec ses collaborateurs, dont certains ont été embauchés par son aïeul, qui les appelait tous « fils ». « Ils m’ont connu tout gamin, ils me tutoient, alors que je les vouvoie ! »