C’est fait, le mariage entre PSA et Opel est officiel. Ce lundi 6 mars 2017 restera comme étant une date importante dans l’histoire du groupe automobile français passé au bord du gouffre, il y a trois ans à peine. Trois ans, c’est peu mais il n’a pas fallu plus de temps à Carlos Tavares pour redresser de façon spectaculaire les comptes du constructeur automobile, qui a dégagé une rentabilité record en 2016. Non seulement les finances sont dans le vert (1,7 milliard d’euros de résultat net l’an passé) mais en plus le groupe passe à l’offensive en reprenant la filiale européenne de General Motors. L'opération représente une valeur totale de 2,2 milliards d'euros pour les activités automobiles (Opel et Vauxhall) et 100 % des activités européennes de GM Financial.

Opportunités

C’est une opération d’envergure qui va faire gagner beaucoup de temps à PSA puisque le nouvel ensemble représente 4,3 millions de voitures vendues en 2016 permettant au groupe français de faire bondir ses volumes de près de 40%. Le chiffre d’affaires cumulé des deux entreprises a dépassé les 70 milliards d’euros l’an dernier. L’objectif affiché du nouvel ensemble est d’aller chercher les 5 millions de voitures vendues par an d’ici à 2020. Combien de temps aurait-il fallu au groupe français pour atteindre cet objectif avec une simple croissance interne ? La course à la taille critique est un enjeu essentiel pour une industrie automobile qui devra faire face à de multiples défis au cours des prochaines années : respect de normes toujours plus strictes, voiture autonome, voiture électrique, développement dans les zones porteuses de croissance (comme l’Afrique) …

A chaque fois, ce sont des centaines de millions voire des milliards d’euros qu’il faut mettre sur la table. Etait-il possible pour PSA de courir derrière tous ces objectifs en restant seul ? La réponse est non, le statu quo n’était pas possible sous peine de faire des arbitrages dans la R&D avec tous les risques que cela comporte.
Ce mariage est donc un mariage de raison qui ouvre des perspectives nouvelles pour le groupe notamment dans la voiture électrique pour laquelle PSA a pris du retard. Les synergies attendues sur les achats sont très importantes et peuvent être réalisées assez rapidement. Au total, PSA estime le montant total des synergies à 1,7 milliard d'euros par an d'ici 2026. Sur le plan industriel, le partage de plateformes va s’accélérer. Les deux groupes collaborent depuis 2010 mais cette opération va permettre d’aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite sur ce point.

Risques

On le sait, dans l’industrie automobile, les rapprochements entre constructeurs sont toujours très compliqués à réaliser. Il y a de nombreux exemples d’échecs par le passé et le risque d’exécution dans le mariage PSA – Opel n’est pas nul, loin de là. Mais l’expérience de Carlos Tavares est un atout précieux. Son parcours au sein de Renault lui permis de voir de l’intérieur comment l’alliance avec Nissan s’est construite au fil du temps. Il a d’ailleurs pris soin de dialoguer avec les dirigeants politiques allemands, anglais et français avant l’annonce de l’opération et il a également rencontré les syndicats pour les rassurer.
Ce travail de diplomate illustre à lui seul l’attention que porte le dirigeant de PSA à ces aspects essentiels dans la réussite d’un rapprochement. L’autre atout dans cette opération réside dans la culture des deux entreprises. En effet, il s’agit de groupes européens assez proches qui se connaissent déjà. Pour PSA, reprendre, par exemple, une marque asiatique aurait été plus compliqué. Si le risque d’exécution de cette opération existe, il semble assez faible.
Le deuxième risque de cette opération réside dans le mix géographique des ventes. PSA – Opel devient le numéro deux en Europe. C’est la naissance d’un géant européen qui réalisera plus de 70% de ses ventes sur le vieux continent. C’est beaucoup. On le sait, avoir une structure des ventes, géographiquement équilibrée, permet d’amortir les chocs. Pour le moment, le marché européen se porte très bien et c’est une bonne nouvelle pour PSA. Mais si, pour une raison ou une autre, il venait à se retourner comme en 2012, ce serait très difficile à encaisser.
C’est le seul vrai risque identifié dans cette opération mais le jeu en vaut la chandelle.

Interrogation

La principale interrogation concerne les capacités de production du nouvel ensemble. PSA va reprendre les six usines de montage d'Opel / Vauxhall et les cinq usines de pièces détachées.
Inévitablement, se pose la question de la taille et du nombre des usines. Elles sont nombreuses et plutôt petites. Mais Carlos Tavares a pris des engagements clairs concernant l’emploi. Pour lui, il n’est pas question d’ouvrir le sujet dans un contexte politique européen compliqué. Mais à plus long terme, la question restera posée.