Après les retraits du marché européen de Saab et de Chevrolet, deux marques du groupe General Motors, les distributeurs Opel pouvaient légitimement s’interroger sur les réelles ambitions du mastodonte américain en Europe. Les voilà désormais fixés, et un peu aussi rassurés. C’est au sein du groupe PSA que l’aventure va se poursuivre.

« Pour la marque comme pour le réseau, je pense qu’il s’agit d’une bonne opération, juge Marc Bruschet, dirigeant du groupe éponyme et président du groupement des concessionnaires Opel depuis octobre 2016. Le fait qu’Opel soit adossé à un groupe comme PSA en Europe a du sens sur le plan des synergies. Surtout, ce rachat permet d’assurer la pérennité de la marque sur le continent, ce qui était loin d’être évident au regard des pertes cumulées depuis 16 ans et du Brexit. Nous pouvions imaginer de manière tout à fait rationnelle que GM décide un beau jour d’arrêter de distribuer Opel en Europe, comme Chevrolet. Si PSA rachète une marque comme Opel, ce n’est pas pour la laisser mourir mais, au contraire, pour l’enrichir. De plus, PSA a démontré sa capacité à faire cohabiter plusieurs marques tout en respectant l’identité et les caractéristiques de chacune".

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Des synergies envisagées


« Nous aurions pu imaginer un scénario inverse, c’est-à-dire GM qui rachète PSA, mais celui-ci nous enchante parfaitement car, en plus des synergies sur le plan industriel, il y a plein de chose à faire au niveau du réseau, de la distribution de pièces…, commente pour sa part Paul-Henri Dubreuil, président du groupe éponyme, qui a fait son entrée dans le réseau de la marque allemande il y a tout juste un an, en reprenant sept concessions dans le Grand-Ouest. D’ailleurs, au 1er septembre 2017, nous allons intégrer les pièces de rechange Opel au sein de notre plateforme PR Opal, située aux Essarts. Je suis convaincu qu’Opel possède un vrai potentiel, tant en termes de notoriété que sur le plan produits ».

GM abandonne l'Europe


Pour Jean-Paul Lempereur, dirigeant du groupe éponyme, et fidèle de la première heure du groupe General Motors, c’est surtout l’amertume et un sentiment de gâchis qui domine. « J’ai toujours manifesté une vraie fierté d’appartenance au groupe GM, du fait de son statut de leader mondial. Par conséquent, ce n’est pas très agréable, mais aussi très frustrant, de faire partie d’une branche qu’il a décidé de couper car celle-ci n’était pas rentable. Ensuite, je perçois cette opération comme un énorme gâchis car, il y a encore trois ans, avec Opel, Chevrolet, Corvette ou Cadillac, il existait une vraie stratégie de marque. Le groupe avait tous les atouts pour écrire une belle histoire en Europe. Après l’arrêt de Chevrolet et le retrait du marché Russe, General Motors a donc décidé d’abandonner l’Europe. Cela me paraît incompréhensible pour un groupe qui prétend jouer les premières places dans le monde ».

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Sur ce point, Jean-Louis Vergnet, distributeur historique Opel à Montpellier, se montre moins catégorique : "Je ne peux pas concevoir qu’un groupe aussi éclairé que General Motors se passe de l’Europe. Je suis quasiment certain, mais cela ne reste qu’une analyse personnelle, qu’un jour ou un autre le groupe va revenir sur le continent avec Chevrolet et reconstruire un nouveau réseau. Je pense que cela traine dans un coin de leur cerveau". Le dirigeant perçoit également positivement l’intégration d’Opel au sein du groupe PSA : "Ma réaction première est que je ne suis pas mécontent de sortir d’un système dans lequel, depuis longtemps, nous étions présentés comme le vilain petit canard. A un moment donnée, il fallait divorcer".

Quelle place pour Opel en France ?

Jean-Paul Lempereur soulève enfin le rapport de force très déséquilibré sur le marché français entre Peugeot et Citroën, qui représentent au cumul 30 % de part de marché, et Opel, qui peine à dépasser les 3 %. « Avec une aussi petite pénétration, est-ce que nous bénéficierons des mêmes moyens au niveau marketing et commercial et serons compétitifs pour soutenir le Crossland, par exemple, par rapport au réseau Peugeot et son 2008 ? En revanche, peut-être que la force de frappe de PSA nous permettra d’être mieux référencé chez les loueurs et les entreprises ».

Marc Bruschet est également conscient que les distributeurs français ne sont pas les mieux placés au niveau européen : "Comme la position d’Opel est beaucoup plus forte au Royaume-Uni et en Allemagne que celle de Peugeot ou Citroën, il est logique que ce rachat soit perçu beaucoup plus sereinement chez les distributeurs Opel de ces deux pays que chez les concessionnaires français, dont beaucoup sont monosites ou monomarques. Mais cela ne représente pas une source d'angoisse pour autant".