C'est fait. Après avoir obtenu le feu vert du conseil de surveillance de PSA, Carlos Tavares, le patron du groupe, a conclu le rachat d'Opel-Vauxhall à General Motors.

Le montant de la transaction est de 1,3 milliard d'euros.
Outre le rachat des marques Opel et Vauxhall, qu'il espère faire revenir dans le vert d'ici à 2020, PSA va reprendre conjointement avec la banque française BNP Paribas la filiale financière de GM Europe pour 900 millions d'euros.

Au total, pour le rachat d'Opel-Vauxhall et des 50% des activités européennes de GM Financial, PSA aura déboursé 1,8 milliard d'euros. Un chiffre a rapprocher du bénéfice net de 2,15 milliards d'euros engrangé en 2016.

Un retour à la rentabilité d'Opel dans trois ans

Carlos Tavares va maintenant s'atteler à la tâche de redresser Opel-Vauxhall en déficit chronique, qui a encore perdu 257 millions de dollars l'année dernière. Sur 16 ans, la
Mary Barra, P-dg de GM, Carlos Tavares, P-dg de PSA et Karl Thomas Neumann, P-dg d'Opel, lors de la conférence de presse officialisant le rachat d'Opel / Vauxhall par PSA.
facture s'élève à 15 milliards de dollars pour le colosse de Detroit.
Le patron de PSA vise un retour à la rentabilité d'Opel et Vauxhall dans les trois prochaines années. Il espère pour les marques acquises une marge opérationnelle courante de 2% d'ici à 2020 et 6% d'ici à 2026", ainsi qu'un free cash-flow (flux de trésorerie) opérationnel positif d'ici à 2020.

Où trouver les synergies?

PSA s'est dit persuadé de pouvoir "réaliser d'importantes économies d'échelle et de dégager des synergies dans les domaines des achats, de la production -et notamment sur l'outillage- et de la recherche et développement.

"Des synergies de 1,7 milliard d'euros par an sont attendues d'ici à 2026 - dont une part significative devrait se matérialiser d'ici 2020 - et devraient contribuer à accélérer le redressement" des activités reprises", selon PSA.

Un important travail de redressement déjà fait chez Opel

Pour Carlos Tavares, le retour d'Opel à la rentabilité sera d'autant plus facile à atteindre que l'actuel patron du constructeur allemand, Karl-Thomas Neumann, a déjà fait une partie du chemin. D'ailleurs, Opel-Vauxhall aurait trouvé l'équilibre financier dès 2016 s'il n'y avait pas eu le Brexit.
C'est pourquoi, Carlos Tavares souhaite que Karl-Thomas Neumann reste à la tête d'Opel « pour continuer l'excellent travail qu'il y réalise ». Lors de la conférence de presse de ce matin du 6 mars 2017, ce dernier a confirmé qu'il avait bien l'intention de rester à la tête d'Opel, une fois que l'opération aura été finalisée « pour contribuer au grand avenir du constructeur ».
 

Six usines de montage et cinq sites de pièces tombent dans l'escarcelle de PSA

La transaction inclut l'ensemble des activités automobiles d'Opel/Vauxhall, qui comprennent les marques Opel et Vauxhall, six usines de montage et cinq usines de production de pièces, un centre d'ingénierie (Rüsselsheim, Allemagne) et environ 40.000 salariés.
En revanche, « GM conservera le centre d'ingénierie de Turin, en Italie ».
En outre, Opel / Vauxhall bénéficiera toujours des licences de propriété intellectuelle de GM jusqu'à l'adaptation progressive de ses véhicules aux plates-formes de PSA dans les années à venir.
 

Carlos Tavares veut conserver toutes ces usines même après 2020

PSA s'est engagé à respecter les accords sociaux déjà en place chez Opel et chez Vauxhall, qui empêchent tout fermeture d'usine avant 2019. Après cette échéance, Carlos Tavares pourrait-il fermer des usines?

« Regardez l'histoire de PSA ces deux ou trois dernières années, répond le dirigeant, nous n'avons pas fermé d'usine depuis que je suis à la tête de PSA (ndlr : la fermeture d'Aulnay s'est faite sous l'ère Philippe Varin). Le taux d'utilisation des usines s'est amélioré. Nous allons chercher ensemble les performances, l'amélioration de la qualité, l'abaissement des coûts, le respect des plans de production. En nous approchant du benchmark interne, qui est celui de PSA, nous n'aurons pas besoin de fermer d'usine.  La fermeture d'une usine est une approche très simpliste.»

Quel sera le positionnement d'Opel au sein de PSA?

« Nous n'aurons pas besoin de repositionner Opel, précise Carlos Tavares répondant à une question de la presse. Le positionnement de Peugeot, de Citroën et d'Opel est déjà très clair. Opel est une marque allemande, il y a des clients pour les marques françaises et d'autres pour les marques allemandes».

Règler le problème des retraites d'Opel / Vauxhall

Côté retraites, « tous les régimes de retraite européens et du Royaume-Uni, financés et non financés, d'Opel et Vauxhall, à l'exception de l'Actives Plan allemand et de certains petits régimes de retraite, seront maintenus auprès de GM.»
En outre, « les obligations relevant de l'Actives Plan allemand et de ces petits régimes de retraite d'Opel / Vauxhall seront transférées à PSA. GM versera à PSA 3 milliards d'euros pour le règlement complet des pensions transférées ».

PSA a dit s'attendre à voir l'opération bouclée d'ici à la fin 2017. Elle va augmenter son périmètre d'un tiers, ajoutant le 1,2 million de véhicules vendus annuellement par Opel (et Vauxhall au Royaume-Uni) aux 3,15 millions qu'il a immatriculés en 2016.

General Motors intéressé aux résultats d'Opel-Vauxhall

Enfin, General Motors sera intéressé à la réussite de l'opération, puisqu'il souscrira des bons de souscription d'action (BSA) de PSA pour un montant de 0,65 milliard d'euros et d'une maturité de neuf ans.
Avec cette acquisition, PSA retrouverait la seconde place du marché européen (derrière le groupe Volkswagen) qu’elle avait perdu en 2016, au profit de Renault. Le groupe PSA ainsi agrandi détiendrait 17% du marché européen, derrière Volkswagen (24%).
Il s'agit d'un pas vers la taille critique, notion essentielle dans une industrie automobile gourmande en capitaux, sur fond de resserrement des normes et d'explosion des budgets de recherche et développement.

 

Le soutien des syndicats

FO, la CFE-CGC, la CFDT, la CFTC et le SIA-GSEA voient dans le projet d'acquisition d'Opel par le groupe PSA une opportunité à saisir. Ces organisations réformistes représentent plus de 80% des salariés du groupe.
Conformément aux accords négociés et signés sur l'emploi et la compétitivité, elles sont les garantes du maintien de l'emploi sur l'ensemble du territoire. En conséquence, elles font part de leur ouverture d'esprit à ce projet extrêmement complexe "dans lequel Opel et Vauxhall recouvreront leurs racines européennes".

Un CCE consacré à ce sujet devra se tenir prochainement où la direction devra présenter des éléments détaillés pour confirmer la viabilité du projet d'acquisition et apporter des garanties sur les conséquences stratégiques, économiques et sociales de ce projet.

Dès lors, les organisations réformistes pourraient officialiser leur soutien à ce projet. La cogestion et la coconstruction ont leur place pour écrire l'avenir du groupe. Les organisations syndicales réformistes souhaitent d'ores et déjà la bienvenue aux partenaires allemand, anglais et espagnol.