Trois milliards de dollars de capitalisation boursière de perdus pour cause de la mauvaise humeur d’Elon Musk !

Le titre a en effet perdu 5,55% à 284,45 dollars, soit près de 3 milliards de dollars de capitalisation boursière partis en fumée en vingt-quatre heures.

"Le comportement inhabituel du PDG Elon Musk lors d'une conférence téléphonique avec les investisseurs hier soir (le 2 mai 2018) a contribué à la chute observée aujourd'hui", a résumé Aaron Siegel, analyste chez CFRA.

Comme il en a pris l'habitude chaque trimestre suivant la publication des résultats de son entreprise, Elon Musk prend part à une conférence téléphonique au cours de laquelle il répond aux questions des analystes financiers.

Cet exercice, habituel pour les dirigeants de sociétés américains, donne lieu à des questions sur la santé financière et la stratégie.

Des questions qui agacent


Dans le cas de Tesla, il s'est résumé ces trois derniers trimestres à la santé financière du groupe, qui brûle beaucoup d'argent et rencontre des problèmes de production avec son dernier-né, le Model 3, censé lui permettre d'atteindre une production de masse.

Mais le 2 mai 2018, Elon Musk s'est montré réticent à aborder ces sujets et a qualifié les questions d'analystes "d'ennuyeuses et imbéciles".

"Les questions ennuyeuses, imbéciles ne sont pas les bienvenues. La prochaine", a répondu sèchement M. Musk à l'analyste Toni Sacconaghi de Sandford Bernstein qui l'interrogeait sur l'objectif de marges bénéficiaires arrêté par Tesla pour le Model 3.

Les bonnes questions qui dérangent pas


Joseph Spak de RBC capital Markets lui a alors demandé combien de personnes ayant pré-commandé le Model 3 avaient confirmé leur ordre.
La question a été suivie d'un long silence.

"Nous allons aller sur YouTube, désolé. Ces questions sont arides. Elles m'emmerdent", a répondu Elon Musk, demandant à l'opérateur de donner la parole à un jeune actionnaire, Galileo Russell, sur YouTube.

Galileo Russell a brossé Elon Musk dans le sens du poil en vantant les percées technologiques du groupe, qui a transformé la voiture en un "gadget" électronique. Il a eu près d'une demi-heure pour poser ses questions, alors que Tesla limite les analystes à une question et éventuellement une question complémentaire.

Les analystes représentent ceux qui fournissent l'argent à Tesla


"Elon Musk a été très impoli pour ne pas dire plus dans sa façon de ne pas répondre aux questions des analystes", a écrit M. Siegel. "Les analystes dans la conférence téléphonique représentent ceux qui fournissent des capitaux desquels dépend Tesla depuis le début de son histoire", a rétorqué Adam Jonas, chez Morgan Stanley.

Pour lui, ces questions peuvent apparaître "arides" à Elon Musk, mais elles sont "extrêmement importantes pour une entreprise qui a besoin d'argent".

Les milieux financiers entretiennent un rapport singulier avec Elon Musk, qui est également le patron fondateur de l'entreprise aérospatiale SpaceX. Ils saluent son côté visionnaire et fantasque, ce qui justifie l'envolée boursière de Tesla, mais peuvent être critiques quand il feint d'ignorer leurs recommandations.

Déléguer à d'autres le soin de communiquer sur Tesla


Certains sont allés jusqu'à suggérer qu'il ne s'adonne plus à l'exercice des questions/réponses avec les analystes financiers et laisse cette responsabilité au directeur financier Deepak Ahuja.

Jugeant le comportement d'Elon Musk "bizarre", Ryan Brinkman chez JPMorgan a énuméré dans une note les multiples questions qu'il aurait voulu poser au chef d'entreprise.

"Elles ne sont peut-être pas les plus intéressantes du monde, mais elles sont importantes pour les investisseurs", a-t-il conclu.

Elon Musk contre-attaque : les accusateurs accusés


Le patron de Tesla n'est pas resté longtemps sans réagir à ces accusations d'impolitesse.

"Les questions arides n'étaient pas posées par des investisseurs, mais plutôt par deux analystes ayant vendu à découvert Tesla et qui essaient de justifier leur thèse. Ils sont en fait du côté opposé aux investisseurs", a-t-il écrit sur son compte Twitter.


Et d'insister: "Les deux personnes dont j'ai ignoré les questions sur les résultats du premier trimestre sont des analystes qui parient sur le plongeon de Tesla et qui représentent le parti des vendeurs à découvert, et non les investisseurs".

La vente à découvert consiste à emprunter un actif dont on pense que le prix va baisser et à le vendre, avec l'espoir d'empocher une différence au moment où il faudra le racheter pour le rendre au prêteur.

"Il est important de savoir que Tesla est le titre le plus vendu à découvert (c'est-à-dire celui contre lequel on parie le plus) du marché et l'a toujours été", s'est encore défendu vendredi Elon Musk.


Joseph Spak de RBC capital Markets et Toni Sacconaghi de Sandford Bernstein, les deux analystes mis en cause par le dirigeant, recommandent néanmoins dans leurs notes respectives aux investisseurs de "conserver" (hold) les actions Tesla