Dur dur de pénétrer dans l'ère du "dématérialisé" du jour au lendemain... La réforme des modes d'obtention des cartes grises et des dossiers d'inscription au permis de conduire n'a pour l'instant pas l'aspect d'un succès : "Les professionnels remontent chaque jour au CNPA les difficultés rencontrées, et nous, nous faisons chaque soir un point avec le ministère de l'Intérieur" explique le syndicat professionnel. Le syndicat FO préfectures parle quant à lui d'une "situation qui ne peut perdurer" car "nos collègues ne doivent pas servir de putching ball (...) et subir les conséquences d'une réforme qui n'a pas été pensée dans sa globalité."

Les problèmes portent sur les immatriculations de véhicules, mais aussi et surtout sur les dossiers d'inscription au permis de conduire : "C'est peut-être encore pire" pour les pros
du permis pense le CNPA, qui indique que certaines auto-écoles "sont presque au chômage technique".
L'Union intersyndicale des enseignants de la conduite (Unidec) abonde : "Les dossiers ne s'enregistrent toujours pas ou mal et les candidats ne peuvent entrer en formation" fait savoir le secrétaire général du syndicat dans un billet daté du 1e décembre.

Sur les dossiers de permis de conduire, le souci serait le suivant d'après le CNPA : les inscriptions en ligne prendraient "2 à 3 fois plus de temps" qu'en version papier, le programme planterait régulièrement, tandis que pour ceux qui seraient parvenus au bout de la procédure... un message d'erreur s'afficherait. Le CNPA souhaite que les dossiers d'inscription repassent au papier de toute urgence, le temps de trouver une solution informatique convenable.

Impossibles imports

Sur les cartes grises, le marché de masse (VN et VO enregistrés par les concessionnaires), fonctionne. Le ministère de l'Intérieur fait savoir à L'argus que 895 000 certificats d'immatriculation ont été délivrés en novembre, un chiffre qui serait conforme à novembre 2016. Difficile donc de donner à ce stade une estimation du nombre de dossiers en souffrance. Le CNPA fait état de 20 à 40 appels par jour liés aux bugs du nouveau système, nos confrères du Parisien parlent de plusieurs dizaines de milliers de dossiers, mais le ministère de l'Intérieur réfute l'estimation du quotidien.

Les problèmes portent plutôt sur toutes les situations qui sortent un tant soit peu de l'ordinaire : véhicules importés, véhicules accidentés remis en service, cession des véhicules pour destruction... : "L'urgence, ce sont les véhicules importés" reconnait la place Beauvau, "il est vrai que les professionnels ne peuvent plus délivrer des immatriculations en WW comme auparavant, cela les met dans une situation difficile".

Sollicité, un professionnel de l'import des véhicules allemands vers la France confirme : "Les immatriculations provisoires ne sont plus possibles" soupire Stéphane Brass, responsable de la société Auto Brass, "jusqu'à présent nous livrions nos véhicules en plaques provisoires, puis nous envoyions les plaques définitives par courrier". Un scénario désormais révolu.

De l'aveu de ce professionnel, 80 à 100 dossiers seraient en souffrance, le tout avec "aucune information, aucun interlocuteur" au niveau local comme national. La situation est même tellement critique que la préfecture du Bas-Rhin, sise à Strasbourg, a décidé de rouvrir un guichet provisoire à destination des professionnels de l'automobile :  "Ce soutien, mis en œuvre dans le cadre du dialogue mené avec les professionnels de l'automobile, prendra fin dès que l'ensemble des procédures leur seront de nouveau accessibles" rappelle la représentation alsacienne de l'Etat.

Une réunion entre les professionnels du CNPA et le ministère de l'Intérieur devrait permettre de trouver des solutions provisoires, voire définitives, dans les toutes prochaines heures.