A la veille de l’assemblée générale de ses actionnaires de Renault, l’information, révélée par Reuters, va faire monter la tension.

Certes, il ne s’agit que d’une proposition de banquiers conseillers, mais elle prévoit un montage éthiquement contestable pour contourner une éventuelle opposition des actionnaires aux salaires versés aux dirigeants de Renault.

Cette proposition prévoit que Renault, Nissan et maintenant aussi Mitsubishi versent à la société enregistrée aux Pays-Bas une portion des nouvelles synergies dégagées grâce à l'alliance. Celles-ci devraient atteindre 5,5 milliards d'euros l'an prochain, un nouveau record après 4,3 milliards en 2016.

Des rémunérations liées aux synergies développées


Les fonds transférés sous la forme de bonus en numéraire et en titres serviraient à "encourager les dirigeants à poursuivre les opportunités de synergies", selon une présentation d'Ardea Partners, société de banque d'investissement conseillant Carlos Ghosn sur les questions d'intégration accrue de l'alliance.

Catherine Loubier, porte-parole de l'alliance, a déclaré : "Cet article n'est pas basé sur une information fournie par l'alliance ou les entreprises qui en sont membres, et aucune décision de cette sorte n'a été prise."

L'Etat français, principal actionnaire de Renault, s'oppose régulièrement au PDG Carlos Ghosn sur sa rémunération. A l'assemblée générale de 2016, le PDG a sauvé sa rémunération de 7,2 millions d'euros malgré un vote sanction des actionnaires, dont l'Etat.

En ajoutant le salaire versé par Nissan, la rémunération de Carlos Ghosn atteint 15,6 millions d'euros, faisant de lui le troisième patron le mieux payé des dirigeants du CAC 40.

Un montage pour échapper à la supervision des actionnaires


Les actionnaires de Renault auront à nouveau l'occasion de se prononcer sur la rémunération du PDG le 15 juin 2017 lors de l'assemblée générale annuelle du groupe.

Le projet de bonus de l'alliance vise à encourager Renault et son partenaire japonais, dont il détient 44%, à opérer davantage comme une seule et même entité sans aller jusqu'à modifier la structure capitalistique.

Il aboutirait à créer une nouvelle strate de rémunération des dirigeants qui échapperait à la supervision des actionnaires. Elle viendrait s'ajouter aux systèmes de bonus existants chez Renault, Nissan et Mitsubishi, dont Nissan a pris l'an dernier une participation de contrôle de 34%.

S'il se concrétise, un tel montage risque de susciter les critiques de certains investisseurs déjà préoccupés par les questions de salaire, de gouvernance, et par les inconnues liées à la procédure judiciaire engagée en France contre Renault pour "tromperie sur la qualité et les contrôles" à cause du dépassement des émissions diesel.