Voilà quelques semaines, plusieurs villes françaises ont connu des épisodes de pollution aux particules qui ont amené les pouvoirs publics à mettre en place des mesures de circulation alternée en fonction des plaques paires/impaires.

Quels résultats ? Selon Airparif (organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air en Île de France) la mesure semble avoir été peu suivie puisqu'elle “a engendré une baisse de trafic entre 5 et 10 %”, alors même que des bouchons ont dépassé matin et soir des niveaux qualifiés “d’exceptionnels”. Pourtant, toujours selon Airparif, le niveau de pollution a connu une légère baisse, laquelle “peut provenir de l'évolution des conditions météorologiques ou de nos émissions liées à notre consommation de chauffage mais il est difficile de l'imputer directement à la circulation alternée” (sic). Un curieux bilan pour une affaire qui a généré cependant une très forte agitation politico-médiatique !

Avec un peu de recul, quels enseignements peut-on tirer de tout cela ? En premier lieu, la qualité de l'air que nous respirons est un enjeu majeur de santé publique. Les particules produites par la circulation automobile, le chauffage, l’industrie… ont des effets graves sur la santé et toutes les pistes de travail pour remédier à cette situation doivent être explorées, notamment pour décongestionner les centres urbains.

Honnêteté SVP

Mais il ne peut y avoir de bonne écologie sans honnêteté intellectuelle. L’honnêteté intellectuelle ce n’est pas d’affirmer dans les médias que “la pollution tue un grenoblois tous les 3 jours” comme s’il s’agissait d’un meurtre ou d’un accident de la route, dont les cadavres joncheraient le sol. L’honnêteté intellectuelle eut été de dire qu’il s’agit de décès prématurés de personnes en fin de vie et, notamment, de grands insuffisants respiratoires. L’honnêteté intellectuelle serait de reconnaître à la fois l’impact indéniable des polluants émanant de la circulation, mais également ceux émanant du chauffage, de l’industrie, du secteur résidentiel et de travailler sur l’ensemble de ces thématiques sans se focaliser exclusivement sur l’automobile. L’honnêteté intellectuelle consisterait de reconnaître l’amélioration réelle de la qualité de l’air depuis les années 1980, de rappeler les progrès faits, notamment par le secteur automobile.

Cette honnêteté et cette pédagogie constituent les fondements de l’acceptation sociale des mesures à prendre dans l’avenir. La théâtralisation dramatique et la mise en œuvre d’une écologie punitive (fermeture des voies sur berges, circulation alternée, puis bientôt les vignettes qui interdiront aux véhicules anciens l’accès des centres urbains et pénaliseront à coup sûr les ménages modestes) iront à l‘encontre du but recherché, à savoir l’adhésion des citoyens à une démarche globale pour une mobilité durable, responsable et économe en énergie.
Car toute la difficulté est aussi de veiller à ne pas freiner la mobilité urbaine, puisque cette fluidité est justement nécessaire à la vie économique et sociale d'une cité. Alors à moins de vouloir délibérément fermer nos villes, les replier sur elles-mêmes, les appauvrir, il est grand temps d’opter pour des mesures efficaces.

Côté automobile, l’évolution inéluctable vers des véhicules électriques ou hybrides (qui fonctionneront en mode électrique dans leurs trajets urbains) constitue la solution à l’horizon 2025/2030. À court terme, le problème reste lié aux véhicules anciens. Alors, à quand une vraie politique fiscale, constante et durable, qui ne soit pas un bonus-malus répondant uniquement à une logique d’ajustement budgétaire ? À quand les investissements concrets pour rendre la ville “intelligente” en permettant à chacun d’utiliser de manière aisée tous les outils de mobilité (transports collectifs, véhicules partagés, navettes autonomes, stationnement guidé et réservable en ligne, etc.) ?

Plutôt que de rendre les transports en commun gratuits lors de pics de pollution (sachant déjà que le prix du ticket de bus ou de tram couvre moins d’un tiers des coûts réels, ce n’est pas la peine de creuser encore le déficit), il vaudrait maintenant mieux accélérer le pas pour faire de nos métropoles des “smart city”, programme auquel le Club et la FIA apportent déjà leur contribution.
Nous allons devoir adapter nos comportements en matière de mobilité urbaine. Le rôle des pouvoirs publics est de nous y emmener avec toute la rigueur, l’honnêteté intellectuelle, la pédagogie, qui rendront la transition aisée.

Bonne route à tous !